Mal de Terre - Episode 01

11.09.2006 | Mis à jour le 14.09.2006 | Black
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Épisode 01

Une alarme stridente me sort brutalement de mon cauchemar. Je ne sais plus trop où je suis, mon esprit reste embrumé, perdu au milieu de ce désastreux songe. La douce et bonne odeur d’un café lyophilisé me chatouille les narines pendant que quelques bribes de souvenir refont surface. J’étais seul dans un paysage inconnu, désert de sable et de poussière, une vision ocre à perte de vue. La chaleur était suffocante. La vie végétale et animale quasi inexistante, j’avais l’impression de me retrouver sur une planète sans vie (ou presque, quelques microorganismes extrémophiles avaient su résister à de telles conditions) où le rien a surgi du chaos climatique. Mais heureusement, cette effarante vision n’était que chimérique. J’allume la télé et regarde le journal de Télématin, en prenant mon petit déjeuner dans mon loft de Clichy ; la vie existe toujours, nous sommes bien le mercredi 11 septembre 2086. La température de l’air, sous abri, est de 41°C, ce qui est acceptable pour un mois de septembre. Et puis de toute façon, le climatiseur tourne 335 jours par an. Ma conscience me demande de ne pas l’utiliser, qu’il ne sert qu’à réchauffer encore plus l’atmosphère terrestre comme un cercle vicieux, mais je ne peux plus m’en passer...Ce n’est même plus un luxe mais tout simplement de la bêtise humaine. Pas la peine de m’accabler, je ne suis après tout qu’un être humain...

J’ai pris quelques jours de congés et commence à réfléchir à ce que je vais pouvoir faire aujourd’hui. Cela fait longtemps que je n’ai pas mis les pieds à la plage, prendre un bain de mer, dans une eau chaude, salée ; pourtant ce n’est qu’à 10 kilomètres de chez moi, et cela me ferait du bien de me détendre quelques minutes. Dire qu’il y a quelques années, j’aurais du parcourir 150 kilomètres pour rejoindre la mer...Seulement la température est trop élevée pour y aller à pied, il n’y a plus d’essence dans mon hummer (j’ai utilisé mon dernier jerrycan il y a 3 mois quand j’ai rendu visite à mon grand-père B). Je l’aime bien ce « papet », il a tendance à radoter un peu, il garde une vision idyllique de l’âme humaine mais au final il a bon fond. Je mets sur ma platine un CD de sa jeunesse : Sclavis, Texier et Romano, « Carnets de route » ; cela me rappelle mes vacances l’été dernier et les longues ballades faites sur les dunes de sable dans les Cévennes (le début de l’Afrique Saharienne ?). Il me racontait qu’en son temps, tout le monde prenait sa voiture pour aller travailler, se promener, aller chercher les enfants (mes parents) à l’école. L’essence ne manquait pas, le pétrole abondait de partout, les nappes en étaient remplies... Certes, il se plaignait souvent des embouteillages grandissants, de la pollution omniprésente qui rendait l’air irrespirable entraînant crises asthmatiques et allergiques, mais cela restait quand même le bon temps. « C’était mieux avant » répète constamment mon grand-père, certainement une de ses phrases fétiches. De nos jours, l’essence est devenue un produit rare, les puits de pétrole livrés à l’abandon sur la quasi-totalité du globe. L’Alaska, le Groenland et même l’Antarctique ont été dévastés, ravagés pour en extraire cette substance noire si précieuse. Mais maintenant que reste-t-il de ces contrées, à part les ravages de l’Homme sur « sa » planète ?

Je décide de mettre les pieds dehors, et de me balader, de flâner, sans but entre les ruelles désertiques de ma vieille cité. Le soleil en est aveuglant, luminosité extrême accrue par ces immenses panneaux solaires éblouissant. J’erre parmi le bruit assourdissant des éoliennes géantes, et je découvre toujours avec effarement la pauvreté et la misère des lieux. Des gens sont jonchés à même le sol, sans toit, sans nourriture et même sans espoir. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment cela a pu être possible. Aux dires de mon grand-père, la Terre était à son époque extrêmement fertile et abondante en nourriture, végétale et animale. Tout le monde pensait que les gens ne pouvaient plus mourir de faim. La population mondiale, après un fort accroissement, se trouvait en stagnation depuis deux décennies. Avec le réchauffement de la planète, les territoires les plus froids devinrent plus propices à l’agriculture. Mais ce mécanisme initié et accru par les êtres humains semble s’être détraqué, sans retour arrière possible : les températures ont commencé à grimper à des degrés plus que raisonnables en quelques années seulement, le niveau de l’eau a subitement monté, inondant la majeure partie des terres cultivables. La majorité des terres restantes étaient polluées par les nitrates, les pesticides suite à l’outrance des hommes qui ne cherchaient qu’à accroître de façon exponentielle leurs cultures. Le reste se trouvait partagé entre zone désertique ou zone interdite pour cause d’irradiation massive ou dépôts de déchets nucléaires. Les océans et mers se trouvaient également de plus en plus pollués, marées noires et dégazages sauvages restèrent trop fréquents. Les forêts subissaient aussi un sort peu envieux : déforestation massive pour accroître les surfaces cultivables, les surfaces constructibles, marché noir de bois précieux pour fournir à la population civilisée des meubles de jardin dignes de leur « standing » de supériorité. Est-ce une situation irréversible ?

À suivre...

 
 

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