Elle vient de mourir. A peine 16 ans, une vie mal entamée, une maladie aussi soudaine qu’expéditive lui ôte son dernier souffle.
Sa mère, qui ne veut pas travailler, occupe son temps à peindre des masques. La misérable vend le corps à peine refroidi de sa propre fille, sa seule fille, à l’hôpital du coin.
Akira Yoshimura, avec un certain détachement, et beaucoup de détails parfois à la limite du supportable, nous entraîne sur des chemins que je n’osais même pas imaginer. Toute vie a abandonné ce joli corps de jeune femme. Pourtant, son esprit demeure et assiste, sans soufrance, mais avec une conscience exacerbée, à la lente déchéance de son propre corps, à sa mutilation lente et réglée. On voudrait qu’il se produise quelque chose, que ce cadavre dont l’humanité échappe à tous, sauf au lecteur, se réveille, reprenne vie...
Une nouvelle fois, Yoshimura m’aura entraîné au plus près de la misère humaine, la plus banale, la plus commune. Ici, la mort s’empare d’un jeune être. Ce corps, cette enveloppe charnelle ne représentent plus rien, à peine un sujet d’expérience ou de formation pour les étudiants en médecine. C’est dans l’ordre des choses, dans l’ordre de la vie.
Emu par cette lecture, je réalise l’impermanence de notre vie dans ce monde : sujets à la mort, sujets au passage, à la briéveté. Mais sujets aussi à l’oubli... comme « La Jeune Fille Suppliciée sur une Etagère »...
Dans « Le Sourire des Pierres », la mort revient, hante le récit, sous tous ses visages, brutal ou banal.
La mort prend même une telle emprise sur le jeune Sone qu’elle devient sa raison d’être. Pire encore. Sone prend le contrôle de la vie des autres, ceux qui en soufrance laissent leur vie glisser, glisser.
Il les entraîne au bout du chemin, toujours le même.
Ce même chemin que Sone a parcouru une fois de trop, dans ce cimetière où il jouait pendant son enfance avec son ami Eichi.

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Deux hypothèses s’offrent à moi :
1- J’ai abusé de la Chouffe et du coup, je ne sais plus ce que j’ai vu ou cru voir. Pour le coup, mon message tombe à l’eau... J’aurai quand même mentionné le nom de Chouffe, bière qui me tient particulièrement à coeur et qui rentre dans mon top five !
2- Je n’ai bu qu’un seul verre de Chouffe quand j’ai découvert, rangé dans ta belle bibliothèque blanche, le dernier Akira Yoshimura « Voyage Vers Les Etoiles » ! Du coup, j’attends avec une extrême impatience, ta nouvelle chronique sur ce roman.
3- Avec ou sans verre de Chouffe, et si tu as besoin d’une motivation supplémentaire, je mets « La Guerre des Jours Lointains » en tête de ma pile...
Le silence règne dans ces cimetières. J’y ai souvent trouvé de la quiétude, un endroit propice à la balade et à la méditation. Lieu culte pour y réfléchir, pour s’y rafraîchir les idées. Sobre, les stèles s’alignent, les bambous aussi. Des planchettes en bois avec le nom gravé et les épitaphes se rangent parmi les bonzaïs, petits pins et autres mousses... J’ai apprécié ces lieux japonais. Tout comme Sone, je m’y suis senti bien mais moi je n’étais qu’un touriste. Je me vois mal visiter des cimetières français (mis à part le Père Lachaise), pourtant là-bas, je trouvais cette démarche tout à fait normal. Ces grosses lanternes en pierre, ces petite pierres tombales et cette verdure... ce fut pour moi de belles découvertes au détour d’un quartier anodin... Et quand je regarde tous ces jizos colorés, je pense à ses enfants et je sens leur présence...
« Le sourire des pierres » est une magnifique nouvelle traitant de la mort, mais de façon pudique comme les japonais savent si bien le faire. Cette histoire complète à merveille « La jeune fille suppliciée sur une étagère », et je renouvelle une fois mes remerciements pour m’avoir fait découvrir cet auteur et ce livre...
Qu’elle est belle cette jeune fille de 16 ans ! Plus je la regarde, et plus je la sens à coté de moi, hors de son enveloppe charnelle. Les premiers mots, les premiers sons pourraient transparaître une écriture froide, glaciale même à la façon de voir son corps se décomposer, se déchiqueter dans cette morgue...
Pourtant, cette mort est tout à fait autre chose. Elle est presque belle. La vie n’est qu’une étape après tout et cette jeune fille suppliciée sur une étagère ne voit pas sa mort comme une fin en soi. Elle semble exister, encore plus dans la mort que dans la vie... Elle découvre un autre monde, une nouvelle sensation... et c’est ce que j’aime retenir de cette courte nouvelle.
Le calme ne régnait pas à l’intérieur de la chapelle. C’était un monde bruyant. Un espace composé uniquement de bruits d’os qui se désagrégeaint.
Mes cendres se blottirent au sein de ces résonances effrayantes.
Merci Blue pour m’avoir fait découvrir ce livre et cet auteur. Lu en une journée, mais en mémoire pour l’éternité (si cela existe...)