Larry Watson - Justice

26.01.2007 | Mis à jour le 16.05.2007 | Black
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-   Vous venez d’où ? demanda la petite.

-   On a fait un sacré bout de chemin, dit Frank. On vient du Montana. De Bentrock. Vous savez où c’est ?
Wesley crut entendre la grande renifler avec dérision. L’autre pouffa de rire.

-   Le Montana ! Mon oncle dit que là-bas il n’y a que des vaches et des cow-boys.
Frank lui sourit.

-   C’est pas faux, c’est bien l’Ouest sauvage.

Je suis encore dans le Montana, un pays composé de vastes plaines vierges de toute végétation (hormis l’herbe à bisons), libre d’accès au vent et à la neige. Une terre de désolation où le clan Hayden va prendre ses racines. L’été 1948 est encore loin et les évènements qui vont s’y dérouler n’existent que dans l’imagination de Larry Watson. L’histoire débute en 1899, date à laquelle Julian Hayden décida d’abandonner son Iowa pour acquérir une terre à Bentrock et y fonder sa famille.

Ainsi, Larry Watson va me présenter ce fameux clan Hayden : Julian et sa femme Enid, ses deux fils Franck et Wesley (et leurs épouses respectives), à la fois proches et irréversiblement éloignés. A travers de petites scènes de la vie quotidienne, des plus banales au plus festives (Thanksgiving, mariage, virée entre potes...), je découvre la vraie vie dans le Montana en même temps que ces premiers pionniers venus tenter l’aventure à la recherche d’une terre à eux. « Ces instants-là n’avaient rien d’extraordinaire, mais c’était justement cette banalité qui faisait leur charme. »

(JPG)

Et je prends énormément de plaisir à rester assis sur mon rocking-chair à contempler un long coucher de soleil qui s’abat sur cette terre aussi « plate qu’un dessus de table ». Le pourpre céleste s’estompe petit à petit afin de plonger Bentrock dans un noir profond. Les étoiles se mettent à scintiller au dessus de cette vaste étendue vide. Au coin de la cheminée, la lueur des chandelles donnait à mon bourbon un reflet ambré. Que demander de plus ? Ce paysage ne reflète t’il pas l’apaisement et le bonheur de toute une famille, de toute une ville, de tout un comté, celui du Montana ?

Wesley porta le bourbon à ses lèvres. Son arôme, une odeur de caramel et de bois brûlé, remplit ses narines. Il suspendit son geste, puis but prudemment, espérant éviter les effets désagréables de la première gorgée : frisson incontrôlable, yeux humides et, le pire de tout, un hoquet ou un quinte de toux. Il ne voulait surtout pas que son père, son frère ou Iris le croient incapable d’avaler un verre d’alcool sans s’étouffer. Il avait tort de s’en faire ; le bourbon provoqua le choc attendu, mais son âpreté paraissait contenue, comme s’il avait été enveloppé dans du coton moelleux.

Et pourtant... Les gens sont-ils vraiment heureux dans cet univers ? L’harmonie entre les hommes et les femmes, au sein d’une même famille ou entre les citoyens existe-t-elle réellement, dans ce monde si particulier ? La vie y apparaît comme extrêmement rude et il faut être réellement amoureux de ces territoires sauvages pour les apprécier à leur juste valeur. Survivre au Montana dépend uniquement de cet amour que vous portez pour ces immenses terres vierges. J’entraperçois également cette différence sociale entre « les nouveaux arrivants » et les indiens « résidents » de la réserve de Fort Murdoch jouxtant Mercer County, les Pieds-Noirs, les Cheyennes et autres Chippewas. Une justice particulière présente uniquement dans ce coin « perdu » de l’Amérique, dans cet ouest sauvage.

« Un peloton d’exécution, pensa Wesley. C’est bien ça. Ils vont nous aligner et nous fusiller, et nos corps s’affaisseront un par un dans la neige. » Cette pensée lui procura un calme étrange. Ils n’avaient rien fait qui méritât la mort. Aucun d’entre eux. Ni aujourd’hui à McCoy, ni ailleurs. Ça ne lui enlèverait pas la conviction qu’on allait les exécuter, mais c’était plus facile à supporter. Le shérif souhaitait les mettre à mort et en cela il commettait une faute. Ils n’étaient pas complètement innocents, mais, victime d’une très grande injustice, ils trouveraient la rédemption dans la mort.


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-  Montana 1948

 

2 commentaires

Larry Watson - Justice 28 janvier 2007 Romuald 1  rép.
Hmmmm, enfin en poche :)
Larry Watson - Justice 28 janvier 2007 Black

yessssssssss ! Enfin... (Merci 10/18)

Combien de temps, maintenant, avant la traduction de « White Crosses » ...

 smiley smiley smiley

 

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