John Harvey Cœurs Solitaires

21.03.2007 | Mis à jour le 26.09.2008 | Black
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Dans la cité londonienne, un « serial killer » semble choisir ses victimes parmi la rubrique « cœurs solitaires » du quotidien local. Une première enquête de l’inspecteur Resnick présentée par John Harvey va me plonger au sein du commissariat de Nottingham au cœur des années 80. Avec comme arrière-fond les préceptes d’une crise sociale amenée par la politique ferme et sans concession de Margaret Thatcher, Resnick (et sa fine équipe aux talents divers et contestés) va devoir me prouver tout son talent afin d’élucider les viols et meurtres d’innocentes jeunes femmes.

(BMP)

Bien évidemment, je ne vous dévoilerai pas la fin de ce polar anglais. Resnick (inspecteur d’origine polonaise, légèrement grassouillet, certainement un précurseur à son homologue norvégien Kurt Wallander) trouvera t’il le coupable ? S’inscrira t’il dans une salle de sport ? Suspens, suspens... (normal pour un polar !). L’intérêt de cet auteur ne se situe pas, me semble t’il, dans la confection d’une sombre histoire policière (avec indics, interrogatoires et mises en garde à vue...) mais dans la vision d’une Angleterre « thatchérienne » de Harvey via l’inspecteur Resnick. Les inégalités sociales semblent s’accroître au nom d’un libéralisme total grandissant et intouchable, l’intégration des étrangers ne me paraît peut-être pas aussi aisée que les pouvoirs politiques semblent l’admettre, la police et la justice ne sont pas forcément en adéquation constante...

Et l’amour dans tout ça ?


-   Vous n’êtes pas sans savoir que, sans confirmation, votre alibi ne vaut pas un clou.

-   Trouvez Warren et demandez-lui.

-   Pour le moment, c’est vous que j’interroge.

-   Feriez mieux de l’interroger lui, au lieu de faire de la littérature. Il fait quoi, l’autre, là ? dit-il en désignant Patel, qui noircissait des feuillets standard à la chaîne, levant rarement le nez de la table.

-   Il prend notre conversation en note.

-   Il écrit ce que je dis ?

-   Oui.

-   Alors j’espère qu’il comprend tous les mots, grinça Macliesh. Tu piges ce qu’on raconte, mec ?
Puis, se tournant vers Resnick.
« Il sait lire et écrire, au moins ? »

-   Je croyais que vous n’étiez pas raciste ?

-   C’est pas du racisme, seulement, il est un peu pakistanais sur les bords...

Et puis, il y a les chats de Resnick, quatre aux noms swinguant de Bud, Pepper, Dizzy et Miles. Quel plaisir de retrouver l’inspecteur dans son appartement, autour de l’ambre d’un bon whisky ou de la noirceur d’une Guinness et surtout en écoutant des morceaux rares de Monk, de Young, de Coltrane ou de Davis ... Féru de vieux jazz, ce roman s’écoute aussi, quand un vieux souffle sort des haut-parleurs de sa stéréo pour me faire découvrir le désespoir et la douleur d’une Billie Holiday ; les instruments s’enchaînent, tantôt piano, tantôt trompette ou saxophone pour le plus grand plaisir de mes yeux et surtout de mes oreilles.

Et que dire de ses fabuleux sandwichs : un recueil gastronomique des plus innovant et appétissant qui me donne le désir intense de flâner devant la porte de mon frigo, d’en sortir un énorme pot de gros cornichons slaves, de mayonnaise, à en tacher inconsciemment ma cravate de ces délices culinaires.

Resnick ferma la porte de son bureau derrière lui et composa le numéro du delicatessen local, dont la vitrine contenait tout ce qui peut faire rêver un gourmet. Il commanda un sandwich thon, mayonnaise et salade au pain de seigle, un autre au blanc de poulet et fromage Jarlsberg avec moutarde française, cette fois sur seigle aux graines de carvi, ainsi qu’un quart de salade de pommes de terre et deux gros cornichons.

Mmmmhh. Cela m’a donné faim, cette histoire... Je vais m’en préparer un... Voyons ce que j’ai dans mon frigo... Au salon, j’entends une salve d’applaudissements : sur ma platine CD, Stan Getz laisse place au grand Miles Davis. Et là, je ne trouve plus les mots pour décrire de telles émotions...

(GIF)

Et en bonus, à l’instar des pistes cachées pas si cachées d’un CD collector remasterisé, « Now’s The Time » : 12 scénettes, 12 tranches de vie de ce bon vieux inspecteur Resnick, la cravate toujours maculée de mayonnaise, autour d’une chanson, d’un titre sorti tout droit de sa discothèque personnelle rayon Jazz. Entre deux (voir trois) sandwiches toujours aussi appétissant de légèreté, une petite écoute de Charlie Parker, Duke Ellington ou Miles Davis s’impose, histoire de s’isoler, de se ressourcer, de retrouver sa vie trop accaparée par ses longues enquêtes policières...


D’autres chroniques sur John Harvey :

-  De cendre et d’os

 
 

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