Babel 2007

24.06.2007 | Mis à jour le 30.05.2008 | Black
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Les bras chargés de livres, je me retrouve à la caisse de mon libraire préféré. La sonnerie du tiroir-caisse se fait trébuchante et je donne avec moins d’entrain que les livres ma carte bleue. Pourquoi ai-je eu besoin d’acheter encore des livres ? Ils sont déjà si nombreux à encombrer placards et armoires de mon modeste appartement locatif et à attendre patiemment à l’abri de la poussière et de la lumière d’être lus, voire dévorer, une première fois. A ceux là s’ajoutent les nombreux autres romans parcourus dans un passé plus ou moins lointain et qui me titillent l’esprit pour être lus une seconde, puis une troisième fois.

Avant de quitter des lieux si propices à la réflexion, à la méditation, la jolie vendeuse me fait un grand sourire en me demandant de patienter deux petites et courtes minutes éphémères. Du coup, je me sens d’humeur joyeuse en ayant l’air du type verni par la chance lors de cette journée chaudement ensoleillée. Du soleil, des livres et un sourire radieux. Que demander de plus ? Que peut-il m’arriver de mieux dans cette journée déjà bien illuminée ?

La vendeuse, toujours le sourire aux lèvres, revient avec le tout dernier catalogue Babel/Actes Sud 2007. Fantastique, merveilleux, grandiose, m’exclamai-je intérieurement ! (Avec tout une série d’adjectifs de plus en plus éloquemment superfétatoires) Comment a-t-elle pu deviner dans mes pensées ? Divination, magie ou sorcellerie ? En tout cas un grand moment d’enchantement qui me laisse envoûté par ce si beau et surtout salutaire présent (et sourire). Il faut néanmoins préciser que parmi les livres achetés ce jour-là, j’avais pris, sans hésitation aucune, 3 Babel en poche (1 Nancy Huston et 2 Aki Shimazaki). Je vois déjà venir les critiques de certains face à l’insipidité de ce genre de revue : « Bof, un catalogue de bouquins, je ne vois pas trop l’intérêt. Y’a rien à lire dedans et c’est que de la promo... ». Détrompez-vous ! A mes yeux, c’est plus qu’un vulgaire catalogue ! Je considère cet objet comme un véritable manuscrit, une nouvelle bible qui ornera ma table de chevet et je sens qu’il va longtemps me faire rêver, me faire bourlinguer à travers mers et terres réparties sur les quatre coins du globe terrestre. D’ailleurs, en ce moment, le voyage a déjà pris son essor et quasiment quotidiennement, mon esprit vogue sur les différentes pages de ce catalogue. Suivant l’humeur, mes yeux le parcourent de façon désordonnée, au grès du hasard des pages, ou alors à d’autres moments, ils commencent, tout logiquement qu’il y ait une logique, par le commencement à savoir la lettre « A ».

(JPG)

Les premières émotions parcourues, il est temps de rentrer dans le vif du sujet en étudiant au plus près tous ces auteurs. Certains me sont particulièrement familiers, d’autres me rappellent quelques souvenirs, plus ou moins vagues d’ailleurs, ou encore me sont totalement inconnus. Ces derniers semblent notamment me susurrer à l’oreille : « On ne se connaît pas, alors pourquoi cette hésitation ? Viens donc parcourir quelques lignes de ma plume, il n’y a que par cette méthode que tu arriveras à te rapprocher un peu de moi, à partager mes émois, mes secrets, à découvrir mon étrange monde, à t’évader tout simplement avec mon cœur et mon âme... ».

Alors commençons par les auteurs francophones (il faut bien une classification pour organiser de telles excursions imaginaires et les hiérarchiser). Je n’ai pas trop l’habitude de bouquiner autour des écrivains français. J’ignore la raison. Peut-être que mes rapports avec la lecture sont fondés avant tout sur un délassement, une invitation au voyage et que lire quelques pages sur la banlieue sauvageonne de Neuilly/Seine ou sur les vastes plaines de Corrèze n’arrive pas autant à m’émouvoir que les flancs des montagnes de l’Hokkaido ou l’immense platitude des terres enneigées du Montana. Cela dit, je ne suis pas vierge en auteurs francophones, mais je découvre avec une petite pointe de curiosité, que certains auteurs ont même déjà fait leur apparition sur ce site, sans savoir qu’ils étaient francophones. Je n’avais par exemple aucun doute sur Véronique Olmi, mais j’avoue ne pas avoir imaginer Nancy Huston ou Venus Khoury-Ghata faisant partie intégrante de cette catégorie. A l’évocation de ces noms, je repense à ce moine trinitaire en robe de bure débarqué de son monastère haut-savoyard pour traverser le Maghreb en quête d’autres religions, d’autres fois, de nouvelles spiritualités mais aussi d’autres plaisirs plus charnels ; je retombe en enfance et du haut de mes 6 ans d’innocence, je découvre le conflit israélo-palestinien et les horreurs et vicissitudes d’un monde adulte ; je me remémore le malaise insoutenable qui m’est longtemps resté en travers de la gorge lors de ce terrible infanticide. Cruels souvenirs qui restent ancrés dans ma mémoire, comme quoi les drames sont souvent plus impressionnants et plus marquants que le bonheur de vivre. Certes, le parcours de ces auteurs sera plus écourté par rapport à celui que je vais entreprendre pour les « non francophones », mais je compte bien m’évader également avec. Et à commencer, pour ceux qui me suivent, par la pentalogie « Le Poids des Secrets » d’Aki Shimazaki, une écrivaine japonaise installée à Montréal. Je me rends compte avoir peu, voire même pas du tout, feuilleté sur le Québec. A part peut-être quelques guides touristiques dont le seul but serait d’accroître mes nombreux regrets sur le fait que je n’ai jamais mis les pieds sur cette magnifique terre. Cela manque à mon imaginaire, à mon voyage fictif ; il faudra rapidement que j’y remédie, ce catalogue est là pour m’ouvrir vers ce nouvel horizon.

J’entreprends, alors, de parcourir furtivement les auteurs déjà lus (et pour certains, de nombreuses lectures ont occupé mes jours et mes nuits). Et en commençant par la lettre « A », je tombe tout naturellement et comme une évidence sur Paul Auster, certainement le plus francophone des auteurs étrangers. La transition entre ces deux classifications semble parfaite. Moon Palace, Le Voyage d’Anna Blum, La Musique du Hasard, Le Livre des Illusions, Brooklyn Follies, sans oublier l’inévitable et inépuisable Trilogie New-yorkaise, je les ai tous compulsé frénétiquement. Que d’heures à parcourir le quartier de Brooklyn à la recherche de ma tour de Babel... J’ai l’impression de connaître New York, sa chaleur, ses bouches d’incendie et ses ponts, et pourtant je n’y ai jamais mis les pieds. Malgré tout, chaque fois que je regarde par la fenêtre de mon appartement, je me penche et tente d’entrapercevoir les néons clignotant du « Moon Palace ». Ah... la lettre « A », que d’émotions, que de magie, que de lectures, mais voyons un peu la suite (il me reste encore 25 lettres de l’alphabet à étudier, à explorer) avec la lettre « B ».

Pas de doute possible, le voyage ne fait que commencer à travers les États-unis, à travers les âges aussi. Je me retrouve plonger dans les années 1830-1850 ; Dans un décor emprunté à celui de la petite maison dans la prairie, devant moi, fièrement, majestueusement se dresse vers les cieux le « Pourfendeur de Nuages ». Les paysages sont somptueux et la Nature me révèle toute sa splendeur. En remontant dans le Nord, près de la frontière canadienne, je fais des rencontres inoubliables, une chaleur humaine sans compromission. J’attends patiemment l’aurore pour espérer et contempler de « Beaux Lendemains ». Vous m’aurez compris, je fais une pause dans le catalogue et je me remémore quelques moments intenses (et ils sont nombreux) passés parmi les écrits de Russell Banks. Je ne m’aventurerai pas à détailler toutes les lettres de l’alphabet, quoique... Je me retrouve maintenant avec Javier Cercas pour une balade franquiste en compagnie de ses « Soldats de Salamine ».

« Tous les bons récits sont des récits réels, du moins pour celui qui les lit, c’est la seule chose qui compte. »

Des récits bien réels... la seule chose qui compte... Cette citation m’interpelle quelque peu. Javier Cercas a fichtrement raison. Un roman sort bien évidemment de l’imaginaire de son auteur mais si cet imaginaire pénètre dans l’esprit du lecteur comme un fait réel... C’est peut-être ce que je recherche, après tout : évader mon imagination vers d’autres contrées, partir à la rencontre d’autres gens et tout en forgeant mon esprit vers une autre réalité. En fait mon imagination se trouve embarqué dans un domaine fictif jusqu’au point où il se perd et pour se retrouver se construit une autre réalité...

Et cette réalité peut devenir cette journée passée en compagnie d’un ouvrier chinois bien loin du Céleste Empire : une journée simple, banale, triste, une journée de vie en somme, bien réelle et pourtant bien émouvante même sans passion, même sans avenir ni espoir. Triste Vie ! Partager une parcelle de vie avec un « héros » anonyme, rentrer dans son univers intime, découvrir le plus profond de ses pensées : voilà peut-être la vraie motivation de mes lectures. Être ce petit oiseau à ressort qui de façon imprévisible sort de sa cachette pour observer aux alentours, pour s’immiscer dans ce petit monde qui nous entoure et en comprendre ces rouages.

Mais que va découvrir cet oiseau à ressort ? Un monde mystérieux, un monde angoissant, un monde étrange, un monde troublant, un monde pervers, mais aussi un monde émouvant, un monde attachant, un monde aimant, un monde humain, tout simplement. En fait, un monde fait de tous ces sentiments, un monde conçu et représenté à merveille par une toujours surprenante et fascinante Yoko Ogawa.

Et parce que l’alphabet a une fin, je terminerai non pas par le « Z » mais par le « Y », histoire d’embarquer dans une contrée éloignée d’un Japon intemporel. Cette expédition m’a « cruellement » marqué et jamais je n’oublierai ces fameux « Naufrages » décrits sombrement par un Akira Yoshimura que je découvrais pour la première fois. Il m’a ému, et son récit né soi-disant de son imagination semblait tellement réel que je me suis pris à croire à la réalité de ces évènements.

Que de souvenirs, que de « trips » aventureux et amoureux, que de découvertes à travers le monde... Mais en possession de cette nouvelle bible, ce nouveau coran, cette nouvelle torah, le futur s’annonce sous d’aussi beaux auspices. Je vais pouvoir prendre mon temps pour l’étudier, pour l’apprivoiser. De longues séances de méditations sont à prévoir, la réflexion ne fait que commencer pour découvrir de nouvelles voies.

Expéditions nordiques de Selma Lagerlöf ou sahariennes de Théodore Monod, je traverserai les frontières et franchirai les parallèles pour assouvir mes rêves chimériques d’explorateurs, mes fantasmes utopiques d’anthropologues, mes désirs inachevés d’ethnologues. Des chinoiseries de Ying Chen à la nuit cubaine de Reinaldo Arenas, toutes les longitudes seront transpercées par mon assiduité à mettre un pied sur chaque continent, un pied sur chaque pays que ce long voyage, cette quête d’une vie, pourra me le permettre. Cette expédition n’en est qu’à ses prémices et nul doute que l’année 2007 ne sera que le point de départ de cette longue envolée. Rendez-vous en 2042, histoire de faire le point, si vous avez le courage, la volonté et la persévérance (ou la bêtise) de me suivre jusque-là...

Un sourire, Un catalogue...

 

1 commentaire

Babel 24 juin 2007 Nicolas

Eh ben ! Quel lyrisme !  :)

Ça me rappelle un peu une étrange résolution que j’avais faite il y a un peu moins d’un an... et que j’ai discrètement oublié de tenir au bout de quelques semaines... :)

Pour les catalogues, rassure-toi ou inquiète-toi, mais je suis aussi fétichiste que toi à leur égard.

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