Giles Foden Les Tortues de Zanzibar

07.06.2007 | Black
2793 visiteurs  -  Aucun commentaire
Amin Dada, des tortues et ben Laden... Le rapport entre ces trois mondes est loin d’être évident.

« Les Tortues de Zanzibar », l’archétype même d’une lecture improbable. Comment est-ce qu’un tel roman puisse trouver sa place dans les rayons de ma bibliothèque entre Fante et Fukuzawa ? Quel est le critère qui a été déterminant au point d’acheter ce livre dont le titre évoque plus un circuit touristique écologique qu’un thriller politique ? La couverture du bouquin, peut-être ? Un camion sur lequel est peinte, aux couleurs criardes, l’icône d’un Oussama ben Laden et en arrière plan des avions s’écrasant sur une tour : provocateur mais aussi et surtout racoleur. Une passion inavouée pour les tortues ? Respect envers ces reptiles ancestraux si majestueux dont la plupart des espèces sont en voie d’extinction mais mes connaissances se limitent à ce constat tout comme l’île de Zanzibar, éden touristique aux longues plages de sable fin et aux autochtones callipyges... Et Amin Dada ? En quoi un ancien et sanguinaire dictateur (pléonasme ?) africain se retrouve mêlé à des tortues du Zanzibar... Juste une coïncidence fortuite de mon esprit...

(JPG)

Loin de cette île paradisiaque aux larges de la Tanzanie, Idi Amin Dada est l’homme (le monstre ?) par qui le désir de découvrir ce roman de Giles Foden s’est fait ressentir. Pour être plus précis, il s’agirait plutôt de Forest Whitaker, incroyable comme toujours dans une interprétation magistrale (nouveau pléonasme) de ce dictateur fou, violent et sanguinaire de l’Ouganda. Impressionnant et déroutant, cet immense acteur fit preuve encore une fois de son grandissime talent. Plus qu’un simple rôle, Forest me fait oublier l’interprète qu’il est, en incarnant un Idi plus vrai que nature, dans « Le Dernier Roi d’Écosse ». Terrifiant ! Et terriblement Réaliste. La rencontre entre le nouveau dictateur et un jeune gamin écossais, à peine sorti de ses études médicales et issu de la « beatnik génération », sur les pistes sèches et poussiéreuses de latérite a de quoi surprendre. Ce film sur les heures sombres ougandaises est en fait une adaptation fidèle du premier roman de Giles Foden. D’où cette envie d’approcher l’auteur par son second roman et de m’immiscer un peu sur des terres africaines qu’il semble bien connaître, trop peu explorées à mon goût...

Quatre protagonistes fictifs et un bien réel, des évènements romancés et d’autres avérés, « Les tortues de Zanzibar » est donc un de ces romans qui mélange allègrement réalité et fiction. Nick, biologiste marin, se retrouve parachuté sur cette île pour un programme d’étude et de préservation de la Nature. Khaled, enfant malheureux du pays, se cherche et pense retrouver espoir dans une organisation islamiste bien connue de nos jours, Al-Qaïda. Miranda, nouvelle recrue du service de sécurité, découvre sa première mission diplomatique à l’ambassade américaine de Dar es-Salaam. Jack Queller, ancien fonctionnaire de la CIA et connaisseur passionné de l’Islam, est chargé d’intervenir en qualité de consultant sur les problèmes du Moyen-orient et la lutte anti-terrorisme. Et puis, il y a aussi Le cheik. Le prince. L’émir. Le directeur. Il avait aussi un autre nom, mais on l’utilisait rarement. Basé en Afghanistan, ce prince arabe n’est autre que Oussama ben Laden, chef du mystérieux réseau terroriste et ancien compagnon d’armes de Jack Queller.

La guerre froide entre les USA et l’ex-URSS semble bien terminée, mais une nouvelle guerre a été déclarée. Ben Laden, formé et armé par les services secrets américains, se prépare à agir au nom d’Allah, en envoyant des « recrues » suicidaires sur les ambassades américaines de Dar es-Salaam (Tanzanie) et de Nairobi (Kenya). Ce roman fut écrit (en grande partie) quelques mois avant les rapports officiels montrant l’implication d’Al-Qaïda sur ces attentats en terre africaine servant de fondements à cette fiction et avant les attentats terroristes du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center. Quoi ? Qu’est-ce que j’apprends ? Ben Laden aurait été puissamment armé et entretenu par les américains ! Totalement fictif et peu crédible, ce roman ! ? ! Une fiction pure... De plus, si l’imagination d’un écrivain-journaliste rejoint la réalité en affichant clairement les implications, et cela bien avant les publications officielles des organismes censés nous diriger et nous protéger, de ben Laden et de son groupuscule terroriste dans ces attentats aveugles, comment est-ce que la CIA, cette grande et puissante Compagnie peut encore nous faire croire qu’elle ignorait tout des agissements et de la dangerosité de cette organisation ?

Bien sur, ce livre reste avant tout un roman à classer dans la catégorie « politico-écolo thriller » qui n’a pas pour vocation de comprendre le terrorisme, mais il permet peut-être de déchiffrer mieux les enjeux, les opinions et pensées des principaux protagonistes qui peuvent aboutir à de tels actes... avec en parallèle toujours plus de victimes innocentes même musulmanes...

La tortue était énorme et mesurait facilement deux mètres de long, tandis que le dôme de sa coquille s’élevait à plus d’un mètre. Elle creusait un trou, et cette toux continue d’asthmatique était due à l’effort qu’elle devait fournir chaque fois que ses nageoires postérieures faisaient voler le sable derrière elle. Elle se servit de ses nageoires antérieures comme de leviers, pour s’assurer une prise : la manœuvre était parfaitement orchestrée. [...]

Une fois le trou achevé, elle commença à produire un autre bruit, plus aigu celui-là, une sorte de soupir. Au terme de chaque soupir, un œuf blanc et luisant tombait dans le trou. L’opération dura pratiquement une heure au cours de laquelle plus d’une centaine d’œufs apparurent l’un après l’autre, chacun de la taille d’une balle de golf. [...]

Quand le trou fut rempli, la tortue se déplaça et se mit à recouvrir les œufs de sable. [...]

La tortue se mit à exécuter un cercle au-dessus du nid, se propulsant à l’aide de chacune de ses nageoires à tour de rôle. Elle tourna en rond ainsi à trois reprises. Quand elle finit de s’éloigner de l’emplacement où elle avait construit son nid, le sable était pratiquement plat. Ce qui empêchait l’éventuel prédateur, du moins au premier regard, l’endroit où elle avait enfui son trésor.

Dans la clarté de la pleine lune, environnés du bruissement des palmiers et du grondement des brisants, les trois garçons regardèrent la tortue poussive redescendre lentement la plage. Elle s’arrêta un instant au bord de l’eau, avant de disparaître.

 
 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 111 visiteurs par jour (590141 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2