Bernard Ollivier - Vers Samarcande

17.06.2007 | Mis à jour le 04.01.2008 | Black
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A pied de la Méditerranée jusqu’en Chine par la Route de la Soie.

2ème étape...

La vie ici est douce pour un marcheur. Je m’attendais à une population crispée sur ses certitudes religieuses, hostile aux étrangers. Je ne cesse de m’étonner de la gentillesse et de l’attention chaleureuse que les habitants rencontrés me témoignent. Comme nous n’avons pas de langue commune, les villageois me saluent au passage d’une courbette ou d’un sourire qu’ils accompagnent d’un geste de la main sur le cœur. Ceux qui viennent me serrer la main l’emprisonnent affectueusement entre leurs paumes. Les enfants m’encerclent, mais ce n’est jamais pour mendier ou réclamer argent ou cadeaux.

Bernard Ollivier continue de parcourir cette magnifique Route de la Soie, toujours à pied, toujours avec autant de détermination. A-t-il retenu les leçons des erreurs passées ? La motivation est-elle toujours aussi intacte ? Les paysages et la chaleur humaine seront-ils aussi présents que lors de sa traversée de la Turquie ?

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Bernard Ollivier démarre donc son nouveau périple à l’endroit exact où l’année précédente, il avait achevé sa première étape. Au programme de cette expédition : l’Iran, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. En route vers Samarcande et au-delà ! Oublié donc les turcs et les kurdes, il part à la rencontre de nouveaux peuples, de nouveaux profils et s’investit toujours autant, malgré la barrière de la langue, dans des échanges verbaux et culturels avec les autochtones. Un début difficile mais n’est-ce pas le propre à toute grande aventure. La chaleur humaine et les émotions éprouvées ne sont pas encore à l’image de ce que pouvaient lui apporter la Turquie et le Kurdistan. Pourtant, il sent que ce n’est pas une affaire de comportements et de caractères, mais surtout de la peur et de la crainte que la Police des religieux a su engendrer à ses habitants. Une fois passée cette première impression, l’âme humaine reprend son bon fond et les rencontres se trouvent toujours emprunts de belles émotions. Les paysages aussi changent de visages et leur splendeur rend la longue marche plus attrayante, mis à part ces longues autoroutes, bruyantes et sans intérêt pour un piéton.

Les viandes grillent sur les feux qui tremblotent, l’eau des samovars bout. Nous dînons sobrement de pain et de fromage, mais une fillette vient nous apporter un grand bol d’âbgousht. Je dois me régaler trop ouvertement car le père nous apporte la soupière. Le bruit a couru qu’il y a là un étranger et j’entends murmurer « Zinedine Zeïdane ». Un garçon dominant sa timidité vient m’annoncer que la France est toujours dans la course de la coupe de l’Euro de football. Peu à peu les autres approchent, et ceux qui parlent anglais m’interrogent sur Paris, la France, mon voyage. Nous sommes très vite encerclés par une foule de curieux. Un homme nous prie d’accepter l’hospitalité chez lui.

Même en plein désert, loin de notre civilisation occidentale, le football reste l’évènement universel le plus populaire (et n’en déplaise à ses détracteurs qui trouvent « con » de voir 11 types courir autour d’un ballon sur un carré de pelouse). Ce sport fournit un solide lien entre les générations, entre les peuples de tous horizons. Il sert à unifier les gens derrière une équipe et surtout est le meilleur moyen d’entamer une conversation, de s’ouvrir aux autres. Ce phénomène est mondial et quelques soient les latitudes ou les longitudes, le football a cet aura qui affranchit toutes les barrières de timidité, de langues, de culture... Cela se passe ici en Iran, au Turkménistan mais par expérience personnelle, c’est également vrai dans d’autres contrées.

Comme il lisse sans arrêt sa splendide moustache, je finis par lui demander pourquoi les Iraniens en portent tous une.
-  Parce que seules les femmes n’en portent pas, dit-il sans rire. Réponse imparable, que j’aurais loisir de méditer.

Et si je lisais pour ressentir de telles émotions, partir vers de telles découvertes et faire des rencontres qui ne me seraient jamais permises ? Voilà peut-être ma plus grande motivation, mon plus grand plaisir. Les lectures de Bernard Ollivier m’entraînent littéralement vers de nouvelles contrées que je n’avais jusqu’ici explorées aussi profondément. Elles me permettent de longs voyages que je rêve de faire (mais dont, à mon avis, j’aurais jamais le courage d’entreprendre) et dépassent de loin l’ensemble des guides touristiques et culturels sur ces pays visités. Elles donnent une autre vision du monde dans lequel nous cohabitons tous ensemble. La Route de la Soie se transforme en Route du Coton et les épices parfument aussi bien les souks que ma lecture.

[Le président] en rajoute, mais les autres aussi. La télévision donne un résultat sportif ? Entre deux images nous montrant les athlètes en action, la photo du chef apparaît. Il est présent plusieurs fois à chaque journal télévisé. Lui-même ne laisse pratiquement pas passer un jour sans prendre publiquement la parole. Là encore, de manière caricaturale. Cadré assis à un bureau, souvent en manches de chemise, il laisse voir derrière lui son propre portrait. Et un coin de l’écran affiche son profil doré. Trois représentations du personnage en même temps, qui dit mieux ? Dans cette multiplication à l’infini, cette mise en abîme de soi, on touche au sublime. L’homme doit se sentir l’égal des dieux.

Mais de qui parle t’il ? Encore un adepte du jogging qui a besoin de caméras pour se sentir à l’aise dans sa tenue de sport « décontracté » ? Cela touche tant au « sublime » de voir un chef d’état faire du sport en plein milieu de la journée ? Un fait anodin qui se mue en extraordinaire lorsqu’il mobilise plusieurs dizaines de caméramans, de photographes et de « journalistes ». Vous l’aurez compris : il s’agit du président Nyazov [mais cela me rappelle quelqu’un d’autre, pas très loin de mon village] est omniprésent et son image se décline à tous les coins de rue. Mais réduire le Turkménistan à cette mégalomanie politique serait faire injure à ses habitants parce que comme à chaque étape depuis le début de son périple, la solidarité est présente, l’accueil chaleureux et l’amitié facile. Le thé est remplacé allègrement par la vodka et Bernard Ollivier, après avoir suivi la route de Marco Polo, part sur les traces de Gengis Khan. Le voyage n’est pas encore terminé, d’autres merveilles vont se révéler à ses yeux.

Les beautés du désert, cette chaleur suffocante, sa vision qui se trouble à l’horizon (et la vodka n’y est pour rien), ce soleil couchant, cette peur des scorpions et tarentules, ces paysages inoubliables, ces verres de thé à l’ombre d’un figuier, ces verres de vodka proposés (mais refusés), ces invitations aux mariages, ces honneurs faits au pauvre pèlerin... Le voyage est trop court, l’impatience me guette. J’ai envie de reprendre la route aussitôt avec Bernard Ollivier pour achever cette Route de la Soie. Mais comme l’auteur, je m’autorise un long repos avant la dernière étape, histoire de me reposer, de faire le point et de ressasser ces grands moments, ces souvenirs gravés dans ma tête d’une belle et longue marche.

A midi, trois solides gaillards qui se sont gavés de truite frite et se sont assomés à la vodka surmontent leur timidité et viennent m’exposer leur amour de la France et leur admiration pour sa culture, citant pêle-mêle Alexandre Dumas, le cognac Napoléon « Ludovic XIV », Platini et Zidane.


-  Longue Marche Épisode 1 : Traverser l’Anatolie.

-  Longue Marche Épisode 3 : Le Vent des Steppes.


Blue, es-tu prêt à me proposer un tel voyage. Quelle randonnée pédestre me prépares-tu ? Et puis maintenant que tu peux blogger partout à travers le monde, je pourrais suivre tes aventures pas à pas... Le wi-fi est-il capable de franchir les barrières de l’Himalaya pour le bonheur de tous ls trekkers ?

 
 

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