Jim Harrison - Un Bon Jour Pour Mourir

14.07.2007 | Mis à jour le 11.03.2008 | Black
3928 visiteurs  -  Aucun commentaire

Un bon jour pour mourir... Vous ne trouvez pas ?

Je fermai les yeux et écoutai le refrain de « Piece Of My Heart ». La voix de Janis Joplin me déprimait à mort. J’avais envie de tout plaquer, ma femme, mes gosses, ma vie. Mon seul désir qui me tenait quelque fois encore éveillé était de pouvoir partir à la pêche. Je ressentais cette eau froide et glaciale du Montana rentrer dans mes cuissardes. La brume vespérale commençait à se disperser, les truites arc-en-ciel aux superbes couleurs, semblaient puiser de ce réveil matinal, une puissante force en luttant contre le courant. Je fus interloqué par la façon dont la pêche m’aidait à tout oublier, du moins tant que je restais dans la rivière. Pendant des heures, tous mes problèmes (argent, sexe, drogue) s’évanouissaient comme par enchantement tant ma concentration sur le cours d’eau, sur les courants happait mon esprit à la recherche des plus grosses truites.

(JPG)

Souvenirs du Montana et de la pêche à la truite tant pratiquée... Aujourd’hui, j’ai émigré à Key West et je passe mes journées à... pêcher le tarpon, bien sur ! Enfin quand j’arrive à me lever pas trop tard et que je ne perçois pas cette désagréable sensation qui obscurcit mon esprit encore embrumé dans l’alcool de la veille... De toute façon, je ne vois pas ce que je peux faire d’autres. A quoi bon travailler ? La vie est trop courte... Un joint, un verre, deux joints, deux verres et une journée à taquiner le poisson : voilà le parfait résumé de ma vie.

Tim, le genre de gars costaud dont vaudrait mieux éviter son regard, vétéran du Vietnam en plus, une grande cicatrice le défigurant sur la moitié du visage. Je ne peux pas dire que c’est un pote à moi. On s’est juste rencontré la veille dans un bar autour de quelques whiskys. Comme d’habitude, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est que les bières et les whiskys défilaient sur le comptoir. Et au milieu d’une conversation anodine, voilà que je sors qu’ils vont construire un immense barrage sur le Grand Canyon. Et voilà que Tim, mon ami d’un jour, me balance qu’il faudrait le dynamiter. Ainsi, notre expédition va naître d’un discours de poivrot.

Un long road-movie à travers l’Amérique va m’entraîner des bords de la Floride jusqu’à mon Montana natal. J’espère qu’on trouvera le temps de prendre quelques belles truites sur les rivières du coin. Je n’oublie pas ma canne à pêche télescopique et monte dans sa voiture, direction le Grand Canyon. Une petite halte pour récupérer sa copine d’enfance, Sylvia et en route pour l’aventure. Mais dès le début, je me sens mal à l’aise. Je ne saurai dire pourquoi... Finalement, je crois que cela me fait chier de parcourir cette longue route juste pour faire sauter un barrage qui pour le moment n’est qu’un projet grandement utopique. Et Sylvia... Je ne peux m’empêcher de la mater dans la voiture. Jamais vu plus callipyge comme nana. Une paire de jambe sublime. Mon attention se porte fixement sur elle. Mon regard semble attiré magnétiquement par sa minijupe à pois, à la limite de l’indécence et j’imagine cette fine ligne dessinée par ses poils pubiens. Je n’ai qu’une envie : lui arracher sa jupe, la prendre en moi, lui fourrer mes doigts dedans et l’étreindre furieusement, bestialement, sauvagement... Dire qu’elle est amoureuse de Tim et que Tim n’en a strictement rien à foutre d’elle... C’est bien là mon malheur et mon triste sort. Heureusement que les bières sont là pour nous tenir compagnie, ainsi que Bob Dylan, à fond la caisse, entre deux bouteilles de whisky et de tequila. Heureusement qu’il y a aussi les cachetons de Tim et les joints. Merde, putain, dans quelle galère je suis... mais je l’aime moi, cette putain de Sylvia !

Une musique m’obsède : Bill Monroe et ses Bluegrass Boys chantant « Maman n’est pas morte, elle est seulement endormie et elle attend patiemment que Jésus vienne la chercher ». Et mon fantasme s’enchaîne sur les montagnes du Montana où j’imagine Sylvia au coin de la cheminée, portant nos enfants dans les bras... Putain quelle cuite ! Et cette herbe, c’était quand même sacrément de la bonne ...

A cause de notre complot, à la fois insensé et confus, une sorte de raideur s’est installée dans la pièce. Même Frank semble en être affecté. Veille de bataille. Avant le grand départ. J’étais tenaillé, au creux du ventre, par la conviction que notre projet était complètement farfelu. Et je me mis à espérer qu’il se métamorphoserait en joyeuse équipée, sans but défini, une simple excursion touristique, peut-être même avec quelques bonnes raisons de pêche. Tim et Sylvia pourraient me regarder, ou alors baiser sur la rive, ou dans les fourrés, derrière. En observant les autres dans la douce torpeur provoquée par le whisky, je réalisai à quel point mon attachement à la vie était faible. Je n’étais pas impliqué, même en tant que simple observateur, et encore moins en tant que pèlerin. Disons que je n’étais ni dans les tribunes pour voir le match, ni sur le terrain pour jouer. J’étais plutôt dans les sous-sols, observant avec indifférence la structure de base toute entière. Mes amis n’existaient plus, ma femme non plus. Je n’avais ni État, ni patrie, ni gouverneur, ni président. C’est ce qu’on appelle être nihiliste, mais je trouve que c’est un mot beaucoup trop fort pour désigner le vide...

(JPG)

Je ne saurai dire pourquoi mais j’éprouve toujours une tendresse particulière, une passion enivrante pour ce genre de littérature. Le sexe, l’alcool, le rock’n’roll et les grands espaces. Serait-ce mon idéal de vie ? Une histoire simple, un triangle amoureux parsemé de sexe, de drogue et d’alcool, le tout transposé dans un décor magnifique. Je m’identifie toujours à ces paumés, de vrais héros de l’Amérique profonde. L’ivresse des grands espaces me prend quand mes yeux se plongent dans le mot Montana. Le petit brouillard du matin se lève progressivement et je vois les courbes de la Clearwater River se dessiner. Je me transporte dans ce monde étrange où le chuchotement des oiseaux réveille mon imagination, où mon regard se perd dans les méandres d’une rivière parcourue par des milliers de saumons remontant le courant vers leurs lieux de naissance, où mon bras s’exerce au lancée à la mouche...


D’autres chroniques sur Jim Harrison :
-  Retour en Terre

 
 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 101 visiteurs par jour (597265 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2