James Welch A la Grâce de Marseille

04.10.2007 | Black
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Au début de la lune-des-chevaux-qui-muent, moins d’une année après la bataille contre les Longs Couteaux sur l’Herbe Grasse, les Indiens arrivèrent en vue du fort de l’homme blanc au fond de la vallée. Plusieurs femmes se mirent alors à pleurer. Les chefs, revêtus de leurs plus beaux atours, chevauchaient en tête des braves. Les femmes, les enfants et les vieillards suivaient, certains à pied, d’autres installés sur les travois au milieu des ballots, des tipis, des ustensiles divers. He Dog, Big Road, Little Big Man et Little Hawk portaient leurs coiffes en plumes d’aigles, leurs vêtements de daim à franges, leurs gants ornés de perles et leurs mocassins décorés de piquants de porc-épic. Leurs visages émaciés étaient peints comme pour la guerre, mais ils n’avaient plus le cœur au combat.

Le XIXème siècle s’achève et les Indiens n’ont guère le choix de leur liberté. Deux solutions leurs sont « gracieusement » proposées par l’américain blanc :
-   Vivre paisiblement et docilement « parqués » comme du bétail dans une réserve limitée définie par les américains, ou
-   Ne pas accepter cette première solution. Ce qui revient à exclure l’indien de la réserve. Celui-ci se retrouve donc abandonné, sans famille et n’a guère de chances de résister à deux ou trois rigoureux hivers. Une mort en solitaire lui est quasi assurée.

Charging Elk fait partie de ses indiens qui, dans un premier temps, ont refusé ce pacte. Chevaucher les grandes plaines du Montana sur Grand Coureur, un plaisir incommensurable pour un indien, le besoin de la liberté, la vie en plein air, sans but, sans contrainte, l’état sauvage en somme. Mais les hivers du Montana sont extrêmement difficiles. Jusqu’au jour où une opportunité se présente.

(JPG)

Charging Elk, bel indien sauvage au teint mat, s’engage alors avec le légendaire Buffalo Bill et sa troupe du Wild West Show pour un spectacle itinérant sur la vie des indiens. Il traverse la grande étendue d’eau et commence une tournée européenne : Londres, Paris, Marseille...Et là, l’accident bête ; il tombe de cheval et se retrouve hospitalisé. The Show Must Go On ! Le Wild West Show continue sa route vers l’Italie et laisse le pauvre Charging Elk sur la canebière. Sans papier d’identité, ce dernier qui n’est ni citoyen français, ni citoyen américain, se heurtera à une « fameuse » administration française en lui refusant catégoriquement de quitter le pays sans papier. Pire, l’état français le déclara mort par erreur, compliquant l’affaire. Abandonné par l’ambassade américaine, sans ressource et sans parler la langue des blancs, Charging Elk découvre un nouveau monde. Mais quel avenir a un indien dans un monde qui ne le comprends pas, et qui ne cherche même pas à le comprendre ?

En 1889, Charging Elk n’est aux yeux des marseillais qu’un dangereux sauvage qui fait peur et dont on doit se méfier. Pourtant, comment un indien tel que lui serait capable du Mal. Il va devoir confronter ses croyances et sa culture à la civilisation moderne citadine. Doit-il les abandonner pour tenter de se fondre dans la masse et devenir invisible aux yeux des autres ? Que faire de tous ses souvenirs de libertés, de fierté et de combat ? Loin de son Dakota natal, et pendant ces nombreux hivers passés dans la cité phocéenne, Charging Elk ne cessera de penser à ses ancêtres, de prier ses Dieux, d’honorer ses esprits, d’appeler même la mort ou d’attendre un inespéré retour sur ses terres. Mais pour quels résultats ?

L’affaire de la brasserie lui donnait à réfléchir. Il savait qu’il avait eu de la chance, que son chant de mort avait désorienté les marins, si bien qu’il avait pu s’échapper avant qu’ils n’aient repris leurs esprits. Il pensait aussi que son chant avait eu un effet magique. Il n’était pas devenu invisible comme il l’avait espéré, mais le chant avait paralysé les marins, les privant du pouvoir de lui faire mal. Il le prenait un peu pour une arme surnaturelle plutôt que pour un moyen de le rendre fort et brave en face d’une mort certaine. Il n’ignorait pas que le but du chant avait été détourné, de sorte que, sans qu’il sache bien pourquoi, il était devenu un instrument de défense qui, cette fois, avait fonctionné, alors que tel n’avait pas été le cas dans la maison de fer. Peut-être que son destin était de vivre, de vivre ici, au bord de la grande eau qui le séparait de chez lui. A moins que chez lui, ce ne soit désormais ici.

James Welch, né dans la réserve Blackfeet de Browning (Montana) et écrivain officiant à l’Université de Missoula, retrace dans ce roman le destin humain d’un jeune indien partageant les croyances de l’Ancien Monde et parti à la rencontre du Nouveau Monde.
« A la grâce de Marseille » n’est autre qu’un fabuleux roman bouleversant, émouvant sur l’étranger ; un livre qui vous donne la rage au cœur devant ce pauvre et « sauvage », abandonné et perdu dans les rues de Marseille. Une personne étrangère, s’il n’a pas la même couleur, les mêmes croyances, la même culture, peut-il s’intégrer dans une société qui, sans le connaître, le méprise et le craint ?
Et en plus, il y a Marseille la cosmopolite, avec son port, ses bistrots et ses « anisettes » !

 
 

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