Daniel Mille Après La Pluie

09.11.2007 | Black
3528 visiteurs  -  Aucun commentaire

Mon regard fixe la fenêtre, comme hypnotisé par les gouttes dégoulinant lentement sur la vitre. A travers le verre devenu légèrement opaque, je contemple les belles montagnes qui m’entourent. De mon point de vue, mes yeux ont un accès direct et privilégié à la Chartreuse et au Vercors. Trop près de la chaîne de Belledonne, je ne peux la voir, mais je sens sa présence, majestueuse, juste derrière moi, juste au-dessus de moi. Pour ceux qui connaissent bien leur géographie française, je me trouve donc dans la banlieue grenobloise. Et les souvenirs réapparaissent soudainement, comme par enchantement ou envoûtement. D’où naît cette humeur mélancolique ? Cette plongée dans ma région d’enfance survient aux premières notes d’accordéon faisant surface sur ma platine CD. Comme pour rendre hommage à l’accordéoniste, lui aussi originaire de Grenoble.

Jazz, musique romantique, musique de film, l’accordéon possède un charme indéniable pour mettre une ambiance chaleureuse, humaine, amoureuse, pour peu que l’on s’écarte de l’image qu’on se peut se faire de cet instrument véhiculé par le Tour de France et Bals musettes. Pour présenter ce courant « jazzy », j’aurais pu vous parler d’abord de Richard Galliano, un surprenant habitué de ma discothèque, depuis ma récente découverte (en solo, en duo avec Michel Portal ou en trio avec Daniel Humair et Jean-François Jenny-Clark). Mais honneur à mon compatriote de cœur pour inaugurer l’accordéon sur ce site : Daniel Mille. Une enfance à Grenoble, une errance à Paris, des rencontres (avec Galliano justement ou dans un couloir de métro) et puis le Django d’or du meilleur espoir. Mais je ne suis pas là pour parler de sa vie (Internet peut le faire mieux que moi, même si Wikipedia ne semble pas encore le connaître ; d’ailleurs, je devrais remédier à ce manque, pour le bien de la culture et de la communauté « wikipédoise » !).

Après La Pluie : apparemment un album différent de ces précédents, peut-être plus accessible par rapport aux anciennes orchestrations. Loin d’être un spécialiste en la matière, mon ignorance est grande. Donc, je ne saurais dire si c’est un bien ou un mal. D’ailleurs, je ne connais pas les précédents et mes connaissances se limitent simplement à la présence du trompettiste Stéphane Belmondo jouant en plus du « bugle ». Pas la peine de me demander des détails sur cet instrument : avant cette écoute, j’ignorais même son nom ; j’ignorais que l’objet en question était une sorte de trompette conique, pour vulgariser et simplifier à l’outrance l’affaire. Mais revenons à la musique. On est là pour parler de ça, non ? La première impression que m’a donnée cet album est la nostalgie. Cet effet, peut-être dû à l’accordéon, a eu pour but de me plonger dans une salle de cinéma, devant un film en « Noir et Blanc », genre cinéma « Nouvelle Vague ». Une ambiance mélancolique, à priori triste, sombre comme un jour d’automne sous la grisaille, après une petite averse de pluie (d’où ce titre bien imaginé ?). Les silences sont lourds, pesants et accroissent cette ambiance obscure. Pour ceux qui me suivent, peut-être auront-ils remarqué que ce qui me marque le plus dans « mon » courant jazz est le silence. Certainement, parce que depuis quelques années, mon esprit se trouve profondément et longuement marqué par Jan Garbarek, Keith Jarrett, Anouar Brahem, Tord Gustavsen et toute la « bande ECM », grands adeptes de musique pure et silencieuse... J’ai l’impression d’avoir atterri dans un univers totalement dépouillé, un monde où le superflu a été banni. Il ne reste plus que des silences et une mélodie simple, émouvante. Froide mais aussi chaleureuse, cette sonorité est à double tranchant : elle a tendance à conserver l’humeur maussade qui se dégage de ce temps pluvieux, et pourtant, j’ai envie de me promener, de courir dans ces rues pluvieuses, de sauter de joie dans les flaques d’eau (de la même façon que le ferait mon gamin de 3 ans), de sentir les gouttes se profiler sur mon visage...

(JPG)

Après la Pluie : un album que je qualifierai d’intemporel. Un album qui s’écoute aussi bien en automne qu’au printemps, du réveil du soleil aux clins d’oeil des étoiles. Un album qui s’apprécie d’humeur chagrine ou enjouée. Un album qui va prendre une place prépondérante dans ma discothèque « jazz » (et dire qu’il n’est même pas « labellisé » ECM !)... En plus, il me plonge dans la nostalgie d’une époque où mes amis étaient autour de moi. Depuis, ceux-ci ont pris également quelques distances avec la région grenobloise (mais pas autant que moi, émigrant sur la capitale, à l’instar de Daniel Mille). Je les perds de vue et ILS me manquent (je n’ai pas peur de le dire) terriblement. J’aimerai pouvoir revenir dans la région plus souvent, pouvoir les rencontrer un peu plus, de nouveau... J’ai peur, peur de les perdre avec le temps. Je reste terrifié à l’idée d’être un jour, la distance aidant, oublié de cette ancienne amitié. Alors si cet album peut me permettre de me remémorer et de revivre quelques émotions, quelques temps forts, quelques bêtises (ou insouciances) d’adolescence, je vote pour et cela restera avec grand plaisir que je replongerai dans ces souvenirs d’antan... avec la bénéfique participation de l’accordéon de Daniel Mille.

 
 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 111 visiteurs par jour (590281 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2