Bernard Ollivier - Le Vent des Steppes

04.01.2008 | Black
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A pied de la Méditerranée jusqu’en Chine par la Route de la Soie.

3ème et dernière étape...

Bernard Ollivier aura mis 4 ans (de 1999 à 2002) à parcourir à pied cette fameuse route de la soie qui l’attire tant. Moi, je me suis contenté de le suivre par lecture interposée pendant 1 an avec quelques remords, n’étant pas un marcheur solitaire mais un usager assidu du métro ligne 13.

Fin 2007, j’approche du but. Bernard Ollivier m’offre sa dernière partie d’un fabuleux voyage inespéré. Comme à chaque nouvelle étape, une certaine appréhension m’enveloppe dès les premiers kilomètres, et les premières pages. J’ai peur pour lui. Cet exploit me semble si authentique et si difficile qu’il me parait impensable que Bernard Ollivier arrivera un jour au bout de son périple. Il faut croire qu’il a plus de volonté que moi, qu’il croit plus en ses capacités que je ne peux croire en celles de l’être humain. Tant mieux, parce que du coup, j’apprends beaucoup sur l’Homme, sur sa souffrance et sa solitude. L’impatience me guette entre chaque étape car j’ai toujours envie de découvrir la suivante, retrouver de nouvelles cultures, de nouveaux peuples, d’approfondir mes connaissances dans la bonté de l’âme humaine. Loin de notre civilisation citadine, bien que cosmopolite, la beauté et l’essence humaines sont bien sous d’autres latitudes. C’est en pénétrant dans les entrailles d’un peuple que l’on peut parvenir à le comprendre, en partageant sa souffrance, ses peines mais aussi ses joies.

Fort de l’expérience de ses deux précédents tomes, je me sens donc prêt à franchir de nouvelles montagnes pour atteindre enfin la Chine et plus précisément la ville de Xi’an.

Le panorama qui s’offre à moi est fabuleux. Une fois encore je m’interroge sur cette joie profonde et sourde que procure le fait de dominer un immense paysage. Une jubilation muette et forte comme un orgasme étiré. Les « grands » de ce monde éprouvent-ils cette même joie irrépressible lorsqu’ils dominent les foules ? Cela expliquerait la virulence avec laquelle ils défendent leurs places altières. Durant une demi-heure, sanglé dans ma veste et grelottant au vent vif qui fouette l’herbe rase, je sèche la sueur de la montée en croquant des fruits secs. J’aime la montagne, sa puissance, sa diversité, sa cruauté aussi. Là est le monde tel qu’il a été, encore inentamé malgré les vents, les pluies et les hommes, sauvage comme il le fut aux premiers jours de ces rocs milliardaires en années. Cette montagne n’est pas comme Kamtchik Pass, nue et stérile. L’herbe et les fleurs y poussent et la vie s’accroche à chaque tige. Vers l’est, j’aperçois des sommets à perte de vue, les montagnes des Tian-shan et du Pamir qui se chamaillent pour savoir laquelle est la plus haute du monde, et qui gratouillent le ciel pour effrayer les hommes désireux de les escalader.

La précédente étape m’avait laissé à Samarcande. C’est donc dans cette antique cité d’Ouzbékistan que je repars pour une nouvelle aventure, celle d’un homme qui marche à travers la route de la soie. Laissant derrière moi les hauteurs glacées du Pamir, je m’engage d’un pas ferme, l’esprit serein, droit devant. Le programme de l’expédition ? Simplement la traversée du désert du Taklamakan, enchaînant sur le désert de Gobi avant les longues plaines chinoises... J’espère toujours autant des rencontres d’un jour, ces petits bonheurs éphémères, mais si merveilleux, qui égayent ma longue marche de lecteur itinérant. Je ? Enfin, presque... n’ayant pas le courage et la détermination de l’auteur, j’essaye de m’identifier en globe-trotter des grands chemins et m’associe ainsi à la marche de Bernard Ollivier.

J’aime le contact avec les nomades, leur simplicité rude, leur hospitalité. D’ailleurs le fait que leur yourte ne se ferme que par un simple rideau en est un signe. Tout voyageur peut entrer, il est le bienvenu.

La troisième aventure de Bernard Ollivier m’enchante toujours autant. La raison en est simple : Bernard Ollivier ne se dit pas écrivain, ni aventurier. Il marche simplement et écrit simplement avec ses propres mots, ses propres émotions. Du coup, les pages défilent sous mes yeux aussi rapidement que les kilomètres marchés (courus même, devrais-je dire, à la vitesse où s’emballe cet homme toujours pressé). Son carnet de route foisonne de petites anecdotes, drôles, cocasses. Tous les jours, j’en apprends un petit peu plus sur ces « étrangers » au grand cœur, cette belle famille de voyageurs nomades. Malgré la souffrance des kilomètres avalés, à travers le vent des steppes ou la chaleur suffocantes des déserts, Bernard Ollivier garde constamment son sens de l’humour en plus de la perspicacité du monde qui l’entoure.

Nous ne sommes pas loin de la Mongolie où le troc était aussi le seul moyen d’échange, avec des équivalences étonnantes, jugez-en plutôt : pour eux, un bœuf valait cinq moutons, un cheval deux bœufs, une femme cinq chevaux et un fusil deux femmes.

Les kilomètres défilent sur sa carte, l’arrivée se rapproche. Les premières rencontres lui paraissent toujours aussi enrichissantes avec les kirghiz, les kazakhs, les mongols, les tadjiks, les ouzbeks, les afghans, les chinois hans ou chinois ouighours... Que de peuples différents, que de culture à découvrir, que de gens (amis d’un jour) à converser. Mais l’espoir commence à le fuir, les trombes d’eau s’abattent sur lui à chaque journée de marche dans ces immenses contrées chinoises, et l’hospitalité tant appréciée orchestrée par les musulmans est derrière lui. Bernard Ollivier dors le plus souvent dans des petits hôtels ou sous la tente. Les invitations à partager l’univers des chinois se font de plus en plus rares (peur de l’étranger, manque de curiosité) ; ici tout s’achète, tout se loue ; le commerce est omniprésent dans la vie des chinois. Il est temps que son voyage s’achève, mais la question du futur le tracasse : la peur du lendemain. Que faire après ce long périple, pour le retraité qu’il est ?

Pour ma part, par mon ignorance des langues qu’on y pratique, je suis enfermé dans une solitude profonde. Aussi, faute de parler aux autres, je me parle à moi-même. Et j’essaye de répondre à cette question qu’on m’a posée si souvent et à laquelle il m’est si difficile de répondre : que suis-je venu chercher dans ce désert et sur les hauteurs du Pamir, au prix de grandes joies et de belles rencontres, certes, mais aussi de peurs et de souffrance ? La sagesse, d’accord. Mais laquelle ? Est-ce cette sérénité ancestrale qu’on prête aux ascètes qui font retraite puisque, après tout, je suis « retraité » ? Je n’en suis pas sûr pour ce qui est de mon destin. Lentement, au rythme de ma marche d’escargot, grâce aux songeries et à la solitude, la réponse émerge à petits pas. Elle n’est peut-être pas conforme, mais c’est la mienne, celle qui s’est construite au fil des paysages, de la réflexion et des rencontres. Il est bien vrai que je cherche à m’extraire de la folie qui semble envahir nos sociétés. Notre monde va trop vite, comme un fou. Il est donc urgent de ralentir. Mais je ne veux pas fuir, encore moins cesser d’avancer. Je veux juste tenter de vivre au rythme de la pensée. Et la marche freine cette course à la mort - que l’on confond avec la vie - qui s’est emparée de nos sociétés dites civilisées. Lesquelles me semblent ne plus exister qu’à travers le miroir déformé que leur tend la télévision.


-  Longue Marche Épisode 1 : Traverser l’Anatolie
-  Longue Marche Épisode 2 : Vers Samarcande


Au cours de cette longue marche et entre deux étapes, Bernard Ollivier a fondé sa propre association (loi 1901).

Le but...

(JPG)

... donner une dernière chance aux jeunes qui le veulent.

Deux adolescents acceptent de parcourir à pied une distance d’environ 1800 kilomètres en trois mois dans un pays étranger dont ils ne connaissent pas la langue, sans radio ni walkman.

La réinsertion des adolescents par la marche à pied : il s’agit d’emmener deux jeunes en difficulté socialement et pénalement avec un accompagnateur vers la découverte d’autres peuples et d’autres visages de notre monde mais toujours à pied.

Son association : Seuil

Quatre règles impératives sont valables pour tous les marcheurs, à savoir :
-  n’emporter ni musique enregistrée ni téléphone portable ;
-  ne jamais utiliser de moyens de transport mécanique ;
-  respecter la législation du pays dans lequel se déroule la marche ;
-  tout mettre en œuvre pour ne pas mettre en péril le bon déroulement du voyage.

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » (Nicolas Bouvier, L’Usage du monde)

 
 

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