Nordic Quartet

15.03.2008 | Black
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Chaque musique a son histoire, chaque histoire possède sa propre musique. Une invitation au voyage. Destination absolue sans but, juste le plaisir des yeux, le bonheur des oreilles.

Le voyage débute dès les premières notes, sans préambule ni attente aux portes de l’embarcadère. Mon esprit s’est déjà envolé sous d’autres cieux. Un simple regard sur la pochette m’a suffi pour embarquer.

Chaque pochette possède son histoire, chaque histoire m’invite à croiser un univers différent pour lequel je m’invente un imaginaire bien à moi.

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Nordic Quartet : je reste subjugué devant cette photo, comme hypnotisé par le halo des lampadaires sous cette glace polaire. Quel héros vais-je m’inventer sur cette Terre gelée. Il y a quelques années, je me serai bien vu en scientifique glacé, seul sur sa station de recherche près du cercle arctique ? Seulement les temps changent, et l’envie aussi. Aujourd’hui, j’ai donc simplement mis mon bonnet bleu-marin et enfilé mon plus chaud caban ; je me retrouve dans la peau d’un simple docker, barbe hirsute de trois jours, dont son navire a fait escale au nord de la Norvège après une longue virée dans les eaux glaciales de la Mer de Barents. Je me promène dans cette ambiance polaire, sortant de la seule taverne d’ivrognes de ce bled de pécheurs, juste histoire de respirer l’air frais entre deux pintes glacées. La nuit va être longue, mais qu’importe je n’ai rien à faire sur cette contrée, juste tenter de prendre du plaisir, seul avec ma bière ou en compagnie d’une autochtone bien roulée. La nuit, d’un noir sombre et absolu, m’offre un délicieux moment de bonheur en observant cette lumineuse voix lactée. Ces âmes perdues dans le ciel me réchauffent le cœur. Elles me surveillent et veillent sur mon salut. Reverrais-je demain le jour ? Deux heures du mat’, je profite de ces quelques moments de solitude pour m’évader de mon quotidien. J’entends tantôt sa clarinette, tantôt son sax alto. John Surman pénètre subrepticement au fond de moi. Son souffle me transperce et me transporte comme à chaque écoute.

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Il est habitué à partager mon intimité. Depuis des années, on se croise, on se rencontre, on s’oublie et se perd de vue quelques mois, puis on prend à nouveau du plaisir ensemble : lui à jouer pour moi de ses instruments fétiches, moi à l’écouter silencieusement, religieusement comme si j’étais son seul auditeur, perdu sur cette « banquise ». Le sax’ soprano de « The Amazing Adventures of Simon Simon » m’avait enchanté, la clarinette basse de « Upon Reflection » m’entraînait dans une profonde méditation lorsque je voyais les ombres dansées sous la dense lumière des constellations, le sax’ bariton de « Private City » me faisait fantasmer, « Nordic Quartet » me fait rêver. Contrairement à mes précédents rendez-vous, John n’est plus seul et entre son souffle, pénètre la voix intime de Karin Krog. Elle me susurre des mots d’amour avec sa voix légèrement rocailleuse, des mots de sexe qui me font rougir par ces -30°C (n’oubliez pas que cette nuit, je suis un docker qui sur son chalutier évitait de faire tomber sa savonnette et qui n’a pas vu une personne de la gente féminine depuis plus de deux mois). Charmante, enivrante et tout simplement magique. Et puis subitement entre la voix sulfureuse de Karin et le souffle divin de John, entre en jeu un troisième larron le coup subtil du triangle amoureux ?. Une guitare « rock » pénètre cette intimité et repousse les limites de cet aparté nordique. Terje Rypdal bouscule cet univers et l’espace de quelques secondes qui semblent éternelles, j’ai le sentiment de me perdre dans le mouvement psychédélique « floydien ». Que dire de plus ? Cet album reste à mes yeux une merveille, d’une puissance orchestrale sublime. Tout l’univers ECM est présent dans ces quarante-cinq minutes : la froideur planante d’un John Surman à la clarinette, la chaleur intimiste dans la voix d’une Karin Krog, les grands riffs psychédéliques et planants de la guitare d’un Terje Rypdal... et puisqu’il s’agit d’un quartet « nordique », je n’oublierai pas de citer (même si je ne le connais pas) les subtils touches de piano d’un Vigleik Storaas. Depuis, Nordic Quartet se retrouve dans mes incontournables et impondérables disques !...

-  John Surman : Soprano and Baritone Saxophones, Alto and Bass Clarinets
-  Karin Krog : Voice
-  Terje Rypdal : Guitar
-  Vigleik Storaas : Piano

 

4 commentaires

Nordic Quartet 15 février 2010 Yves
Une merveille... Je suis tombé sous le charme. La musique c’est magique... mais celle ci a vraiment quelque chose en plus. Pa&s assez "technicien" pour en décrire les mécanisme... mais... écoutez : vous... sentirez... et n’oublierez plu cet énigmatique Nordic Quartet. BRAVO !
Nordic Quartet 16 mars 2008 blue 2  rép.
 smiley Dans le froid polaire, l’histoire du docker qui écoutait Nordic Quartet et qui adorait la bière (belge ?), tu tiens le début d’un roman smiley
Nordic Quartet 16 mars 2008 Black

J’hésite pour la fin :
-  Le héros (appelons le Eugène) doit-il errer de bar en pub, de Chouffe en Trappe, et sombrer parmi les déchets humains les plus abjects ?
-  ou va-t’il s’isoler, seul au fond d’un igloo, pour lire et relire éternellement « la Trilogie New-Yorkaise » ?

Nordic Quartet 25 avril 2008 Black

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M’enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

En ce matin d’une blancheur immaculée,
Le Docker se sent encore fatigué
D’une soirée trop solitaire
A boire deux Watou Pater...

Le Docker emprunte ces pensées à Charles Aznavour
pour exprimer au mieux son état d’esprit du jour...

 

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