A l’assaut du Nisshin Maru

18.05.2008 | Mis à jour le 17.03.2009 | Black
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L’histoire commence comme un conte pour enfants. Un jeune chilien de 17 ans découvre « Moby Dick » de Herman Melville et s’émerveille de cette aventure passionnante. Pendant ses longues vacances scolaires, il décide donc de partir seul tout au sud pour embarquer sur un baleinier et découvrir véritablement l’âme de son pays. Le Sud, la mer, Terre de Feu et la Patagonie, les dauphins et baleines... Que d’histoires à raconter à ses camarades restés pour bronzer à la plage et tourner autour des filles...Cependant, parce que Luis Sepúlveda reste un des plus fervents défenseur de la Nature, le roman change radicalement de cap et prend une nouvelle tournure : celle d’un thriller écologique.

Troisième lecture de cet auteur, et je reste toujours aussi subjugué par ses décors. J’arrive à ressentir ces embruns et ce vent glacial qui me fouette sèchement le visage pendant que je prends mon quart sur la passerelle. Je garde les yeux bien grand ouvert en regardant défiler des images de Terre de Feu et en espérant apercevoir au loin un de ces souffleurs si majestueux et magiques. Mais avec Luis, le voyage n’est jamais gratuit. Il me fait prendre conscience des atrocités humaines : la déforestation et la pollution des terres me faisaient déjà frémir dans « Le neveu d’Amérique » ou « Le vieux qui lisait des romans d’amour », mais je découvre que les hommes peuvent se montrer encore plus irrespectueux et atrocement barbares envers mers et océans.

« Nous avons vu un bateau-usine de plus de cent mètres de long, avec plusieurs ponts, arrêté, mais ses machines tournant à plein régime. Nous nous sommes approché pour reconnaître le pavillon japonais qui pendait à la poupe. A un quart de mille, nous avons reçu un tir d’avertissement et l’ordre de nous éloigner. Et nous avons vu ce que faisait ce bateau. « Ils aspiraient la mer avec des tuyaux d’environ deux mètres de diamètre. Ils sortaient tout, en provoquant un courant qu’on a senti sous notre quille, et après le passage de la suceuse la mer n’était plus qu’une espèce de soupe noirâtre et morte. Ils sortaient tout, sans s’arrêter à penser aux espèces interdites ou sous protection. La respiration presque paralysée par l’horreur, nous avons vu plusieurs bébés dauphins se faire aspirer et disparaître. « Et le plus horrible, ç’a été de constater que par un trop-plein fixé à l’arrière ils rejetaient à l’eau les déchets de la boucherie. « Ils travaillaient vite. Ces bateaux-usines sont l’une des plus grandes saloperies inventées par l’homme. Ils ne vont pas sur les bancs. La pêche, ça n’est pas leur affaire. Ils cherchent la graisse ou l’huile animales pour l’industrie des pays riches et, pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent pas à assassiner les océans. »

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Ces atrocités, dont j’ignorais tout (ou du moins je ne voulais pas les connaître), me font terriblement peur. Pour moi il est déjà trop tard, mais pour mon fils... Quel monde vais-je lui laisser ? Quelle image aura-t-il de notre génération pour laquelle le mot d’ordre semble être « profit, profit, profit », sans concession aucune et sans pitié pour notre planète. Des peuples autochtones ont été rigoureusement anéantis, des forêts ont été entièrement décimées, des océans irrémédiablement pollués...Et dire que mers et forêts représentent la survie de l’espèce humaine, ce qui laisse présager du niveau d’intelligence de l’homo sapiens sapiens. Parfois, j’aimerai pouvoir revenir aux temps des australopithèques avec l’oncle Vania et refuser ce progrès qui n’a pour conséquence que la destruction d’un monde, notre monde, celui de mon fils.

« Au matin, les japonais continuaient à hisser à bord des baleines mortes. Nous les avons vus en charger une vingtaine à la file, et ils avaient travaillé toute la nuit sans relâche : impossible, donc, de savoir combien ils en avaient tué. L’eau de la baie puait le sang et les lambeaux de peau flottaient partout. »

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J’ai mauvaise conscience quand je lis Sepúlveda. Un malaise m’étreint et j’ai honte d’appartenir à l’espèce humaine et honte d’être français. Il arrive presque à me culpabiliser par certaines irresponsabilités de nos chers gouvernants élus « démocratiquement ». Le Japon en prend pour son grade avec sa chasse à la baleine à outrance (le Chili aussi puisque c’est le gouvernement chilien qui délivre des droits sur la tuerie des animaux dans ses eaux territoriales, un concept bizarre, non ? de se sentir tellement supérieur au point de délivrer des permis de tuer sur des espèces en voie d’extinction) mais la France n’en est pas moins égratignée et ses agissements loin de ses frontières montrent bien sa politique dominante et supérieure qu’elle s’octroie (au nom de quoi ?).

« Quand au vieux Rainbow Warrior, le navire amiral de la flotte arc-en-ciel, il n’était plus là.
Le 10 juin 1985, quinze minutes avant minuit dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande, deux bombes de forte puissance posées sur sa coque par les nageurs sous-marins des services secrets français y avaient ouvert des voies d’eau mortelles. Et ces bombes avaient assassiné l’écologiste portugais Fernando Pereira qui se trouvait à bord.
Le vieux Rainbow Warrior avait livré bien des batailles pacifiques dans les mers du Sud, mettant à nu l’irrationalité des essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa, et il avait succombé, victime d’un odieux acte de terrorisme approuvé par le gouvernement français. »

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De la mer et des fjords, des images du Chili et de la Patagonie, un roman d’aventures océanes et écologiques...Voilà tout ce qu’un roman de Luis Sepúlveda donne au lecteur. Mais cette fois, ce dernier ressort avec l’odeur nauséabonde d’une pourriture de chair et de sang gisant à la surface des mers. Il repart avec le sentiment d’un terrible gâchis humain anéantissant les ressources océanes. La mer peut-être belle, soyeuse et magique, du moment qu’elle reste vide de toute présence humaine...

Un roman fort qui vous donne envie de militer pour la sauvegarde des baleines et même si pour cela, il faut utiliser les méthodes de pirates de Sea Shepherd...

Le Monde du Bout du Monde, un roman de Luis Sepúlveda.


Visas Et Passeport pour Embarquement Immédiat, porte Luis Sepúlveda :
-  Journal D’Un Tueur Sentimental
-  Le Monde Du Bout Du Monde
-  Le Neveu D’Amérique
-  Un Nom De Torero

 
 

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