Hitonari Tsuji - Le Bouddha Blanc

10.07.2008 | Mis à jour le 11.07.2009 | Black
3885 visiteurs  -  2 commentaires

« Tu as entendu parler de la métempsycose ?
-  Métempsycose ?
-  C’est l’abbé du temple d’Ôtakuma qui m’en a parlé, ça veut dire quand un homme meurt, son âme, elle, ne meurt pas, elle emprunte simplement un nouveau corps, selon certaines règles.
-  Ça me dit quelque chose.
-  Ainsi, l’âme ne meurt jamais, elle voyage seulement de corps en corps.
-  Je vois, fit Minoru en hochant la tête.
-  Si, au moment où elle se réincarne, l’âme a encore des souvenirs de ce qu’elle a expérimenté dans son corps précédent, ce n’est guère étonnant que surviennent des sensations de déjà-vus. »

La lumière s’éteint doucement à l’horizon sur l’île d’Ôno, minuscule île du Sud du Japon, coupée du reste du pays par les caprices de la nature et du temps qui s’est toujours vue refuser l’instauration d’un pont afin de la rapprocher de la civilisation. Un vent frais et léger vient baigner le souffle de ses habitants, en particulier Minoru Eguchi, âme pure de l’île.

(JPG)

Minoru Eguchi est l’armurier du village. Il a patiemment appris son métier auprès de son père, suivant les règles ancestrales et traditionnelles. Mais sa maîtrise et ses capacités dépassent largement la renommée de l’île. Si au début de ce siècle, ses sabres et baïonnettes constituaient son gagne-pain quotidien, il saura transformer sa forge pour la réparation des « fusils 1906 » lors de la seconde guerre mondiale, puis se diversifia avec des machines agricoles ou inventions en tout genre pour faciliter la vie de ses compatriotes militaires, paysans ou pécheurs. Et c’est dans les règles de l’art qu’il fonda une famille tournée autour de son armurerie et d’un Bouddha Blanc...

Durant toute sa vie, l’armurier n’aura que cette question obsédante : « d’où viens-je ? ». Incessamment obnubilé par cette interrogation, il ne cessera d’en rechercher la réponse. Des sensations de « déjà-vus » transformeront sa vision du monde, et tout au cours de cette vie, il recherchera dans son passé les souvenirs d’une vie précédente. L’âme ne meure pas, elle navigue de corps en corps et c’est ce en quoi Minoru tente de comprendre. Sans être pris pour un fou, il sera le premier à interroger ses propres enfants pour tenter de percer le mystère de cette vie d’avant. La réincarnation est au centre de ce roman, tout comme le Bouddha Blanc...

(JPG)

Qui est donc ce Bouddha Blanc ? En fait, il apparaîtra dans les visions de Minoru à différents moments clés de sa vie pour lui indiquer le bon chemin à prendre. Dirigé sur la voie de l’âme pure, Minoru ayant laissé l’armurerie à ses fils se chargera de lui rendre hommage en même temps qu’à tous ses ancêtres îliens. Il réunira tous les ossements des morts de l’île d’Ôno, les réduira en poudre afin de servir à la fabrication d’un Bouddha debout. Sentir les habitants de l’île prier face à ce géant blanc, honorer ainsi leurs défunts ancêtres mais aussi revenir aux valeurs fondamentales du bouddhisme : hommes et femmes réduits en poussière se retrouvent mêlés ensemble, au sein d’une même sépulture, quelques soient leurs opinions philosophiques et leurs courants religieux.

Sans connaître la métempsycose, sans approfondir ces concepts de déjà-vus, sans avoir senti l’apparition de ce Grand Bouddha Blanc, je me suis souvent interrogé sur mon « avant-vie » et sur mon « après-mort ». Qui étais-je avant et qui vais-je devenir après ? Entre la réalité et mes envies, il m’est bien difficile de sentir la personne que j’ai pu être avant. Cette mémoire antérieure s’estompe de plus en plus avec le temps. Mais l’imagination a le pouvoir de me procurer de nouvelles vies totalement fictives dans lesquelles je puisse me complaire. Cependant est-ce que cette imagination parfois débordante ne puise pas un peu dans quelques vagues souvenirs bien réels ?

(JPG)

Ainsi j’aimerai bien sentir en moi de la sève coulée à travers mes veines. Né en 1845 dans la ville d’Hiroshima, je suis un ginkgo immensément érigé vers les étoiles. J’ai 100 ans lorsque je découvre les affres de la guerre et le pouvoir destructeur de l’Homme. Mais parce que ma sève pure coule intensément en moi, je reste dressé, seul survivant d’une bombe atomique dévastatrice.
Néanmoins, j’étais peut-être « simplement » geisha anonyme à Asakusa, hôtesse raffinée pinçant les cordes de son shamisen, analyste éditique pour une caisse de retraite et s’ennuyant ferme devant son épanouissement professionnel ou encore gros hippopotame se prélassant lourdement dans la boue sous le soleil de Tanzanie... Combien de vies futures, devrais-je attendre avant de devenir moinillon zen ou bonze birman ?

Il eut des accès de température si élevés qu’il en perdit connaissance. C’est au cours d’une de ces pertes de conscience qu’il eut la vision du bouddha blanc.
Un Bouddha immaculé, haut jusqu’au plafond, se tenait debout, immobile, au centre de rayons de lumière éclatants. Minoru avait conscience qu’il s’agissait d’un Bouddha, pourtant les traits de l’apparition restaient flous, on ne distinguait ni ses yeux, ni sa bouche, les détails se fondaient dans la noblesse générale de son aspect. L’expression du visage, cependant, était clairement perceptible : sereine et d’une douceur infinie.
Minoru allait voir apparaître ce Bouddha plusieurs fois au cours de sa vie, mais l’impression demeura toujours la même : malgré le flou qui lui dissimulait les contours des yeux, il savait que le Bouddha abaissait son regard vers lui, et il saisissait toute la bonté émanant de ses lèvres souriantes.
[...]
Inconsciemment, Minoru avait joint les mains devant l’apparition. Il se mit à prier en demandant pardon, sans savoir de quelle faute il se repentait, mais quoi qu’il en soit il s’excusa encore et encore. Quand il s’éveilla, la fièvre était tombée.

A la croisée des chemins avec Hitonari Tsuji :
-  Le Bouddha Blanc
-  L’arbre du Voyageur
-  La Lumière du Détroit

 

2 commentaires

Le Bouddha Blanc 19 novembre 2008 Utopie 1  rép.
Toujours au chaud dans la bibliothèque, peu de disposition à la lecture (pourquoi il en faut ? peut-être, enfin il m’arrive de faire des pauses). Un jour, j’irai à la rencontre de ce Bouddha et je viendrai relire et mettre un mot.
Le Bouddha Blanc 20 novembre 2008 Black

Pourquoi partir à la rencontre de Bouddha ? alors que Bouddha est ici (non pas sur ce site), mais ici en toi.

Au delà de Bouddha

...Ici et maintenant, nous devons trouver Dieu ou Bouddha en nous-mêmes, devenir Bouddha. La statue de Bouddha, même placée dans le dojo, n’est qu’une sculpture. N’y soyez pas trop attachés. Lorsque je rentre dans le dojo et que je fais sanpai, je m’incline certes devant la statue de Bouddha, mais surtout pour vous qui êtes devenus des bouddhas vivants...

Extrait : Les sept principes de Dogen commentés par Maître Deshimaru

mais tu seras toujours la bienvenue ici pour remettre un mot, après ta rencontre avec le Bouddha Blanc ! smiley

 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 70 visiteurs par jour (599416 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2