Sigismund Dominikovitch Krzyzanowski

01.08.2008 | Black
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Mode d’emploi

Après avoir dilué l’extrait de Superficine selon la proportion d’une cuillère à café pour un verre d’eau, puis imprégné de la solution obtenue un morceau d’ouate ou simplement un chiffon propre, badigeonner les murs intérieurs de la chambre destinée à être agrandie. Le mélange ne laisse aucune trace, ne détériore pas les tapisseries et favorise même - accessoirement - l’élimination des punaises.

Un composant chimique qui aurait le « pouvoir » de repousser les murs, voilà qui arrange bien Soutouline et sa minuscule chambre de la taille d’une boite d’allumettes (8 m2 au plus). Mais lorsque les murs commencent à s’éloigner, que le processus ne permet plus de faire marche arrière, que la commission de contrôle des surfaces arrive et que les distances entre la porte et son lit deviennent si éloignées que...

Sigismund Krzyzanowski est né à Kiev le 11 février 1887 et mort à Moscou le 28 décembre 1950. C’est à peu près toutes les informations connues concernant cet auteur. Jamais publié de son vivant, son talent ne sera reconnu que bien plus tard, découvert un peu par hasard. Inclassables, les Éditions Verdier se chargent d’exhumer de l’oubli les quelques écrits jusque là oubliés d’un génie ignoré de la littérature russe de ce siècle.

Proverbe Russe

« Ton coude est tout près, mais le mordre tu ne pourras jamais »

Un type qui n’a que pour suprême ambition dans la vie d’arriver à mordre son coude. Je vous vois déjà prêt à initier le geste pour tenter l’exploit. Mais attention, cela demande et requiert une vraie préparation, un étirement des muscles du cou, une condition physique irréprochable, et une mentalité d’acier pour répéter de façon incessante ce mouvement aberrant. Absurde ? Pas pour la population qui idolâtre ce nouvel héros de la nation russe, pas pour les intellectuels et les philosophes qui se réunissent en mouvements « pro-coudisme » (ou anti), pas pour les mercantiles qui organisent une loterie pour parier sur la réussite ou non de cet exploit.

(GIF)

Ce recueil de nouvelles, écrites entre 1927 et 1939, apportent un étonnant et détonnant lot d’anticipation, d’étrangéité et de surprises humaines. Entre espièglerie et subversion, aux lendemains de la Révolution Russe, cette écriture de l’absurde nourrit le lecteur d’une imagination hallucinante et débridante.

Un attrapeur de thèmes capable d’inventer une histoire loufoque et rocambolesque, de s’approprier les éléments extérieurs pour élaborer une chronique fantaisiste et fantastique...

Un inventeur qui trouve une nouvelle source d’énergie (car la fin du charbon sur Terre hantait déjà les préoccupations de notre auteur visionnaire) en élaborant une houille jaune à partir de la bile créée par la haine des hommes...

Un homme qui pénètre dans la pupille de sa nouvelle amoureuse et qui y retrouve une société à l’intérieur composée de tous ses ex, oubliés de la belle et restés captifs dans la prunelle de ses yeux...

Et vous,
Avez-vous déjà essayé de croquer votre coude,
Avez-vous déjà réussi à vous échapper de la prunelle de votre ancienne bien-aimée,
Avez-vous déjà imaginé la Tour Eiffel s’enfuir pour rejoindre la fière patrie communiste...
Qu’avez-vous fait de votre marque-page ?

L’autre jour, comme j’examinais mes vieux livres et mes manuscrits rangés en piles étroitement ficelées, il se glissa de nouveau sous mes doigts : un corps plat, tendu de soie bleu pâle, piqué de broderies et terminé par une traîne à deux pointes. Nous ne nous étions pas revus depuis longtemps, mon marque-page et moi. Les événements des dernières années avaient été si peu livresques qu’ils m’avaient emporté loin des armoires pleines à craquer de significations jadis herborisées. J’avais abandonné le marque-page entre les lignes de quelque lecture inachevée et fini par oublier le contact de soie glissante, le parfum délicat d’encre d’imprimerie de son corps souple et doux, docilement collé sur les caractères. J’oubliai... où je l’avais oublié. C’est ainsi qu’un long voyage sépare les marins de leurs proches.

Pourtant, bon an, mal an, il m’était arrivé de rencontrer des livres : rares au début, puis de plus en plus nombreux, mais qui n’avaient pas besoin de marque-page. Brochures à la couverture mal coupée dont les feuillets collés à la va-vite s’en allaient en lambeaux, lettres grises en uniforme de gros drap rompant les rangs et se hâtant sur le papier sale et rugueux ; cela puait la colle et l’huile brûlée. Avec ces brochures bâclées comme des femmes en cheveux, on ne prenait pas de gants : on séparait les pages collées avec le doigt pour les feuilleter sur place, tirant impatiemment sur les marges effrangées et déchirées. On consommait les textes sans raisonner ni savourer : charretées de cartouches, les livres n’étaient plus qu’un moyen de s’approvisionner en mots, en munitions. Quant à l’autre, avec sa traîne de soie, il n’avait rien à faire là-dedans.

Puis, de nouveau : la coque contre le quai, et la passerelle à terre. Les escabeaux des bibliothèques inspectant les rayons. L’immobilité des frontispices. Le calme et les abat-jour verts des salles de lecture. Des pages glissant sur des pages. Et enfin lui : le même, comme avant, comme par le passé, sauf que la soie est encore plus pâle et que les piqûres du passement s’estompent sous la poussière.

Je le libérai des piles de papiers et le plaçai devant mes yeux, bien en face, sur le coin du bureau. Il avait l’air offensé, un peu grognon. Mais je lui fis un sourire aussi tendre et aussi accueillant que je pus : imaginez combien de voyages nous avions faits ensemble, d’un sens à l’autre, d’une page à l’autre. Et aussitôt nos randonnées se mirent à défiler dans ma mémoire : la rude ascension, de palier en palier, de l’Éthique de Spinoza : à chaque page ou presque, je l’abandonnais seul, coincé entre les strates métaphysiques ; la respiration haletante de la Vita Nova et la patience du marque-page qui souvent devait attendre au début d’un nouveau paragraphe que l’émotion, ôtant le livre des mains, s’apaisât et permît de retourner parmi les mots. Je ne pus m’empêcher de me rappeler... Mais cela ne regarde que nous, le marque-page et moi. Je m’arrête.

 
 

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