Éric Le Lann Quintet

11.08.2008 | Black
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20h00. Je commence mon escalade avec entrain et impatience. Ces nombreuses marches me menant au Sacré Cœur ne me font pas peur, et je ne me sens pas l’âme d’un touriste de faible constitution pour emprunter le funiculaire et gravir les quelques mètres qui me séparent du sommet. La sueur ne perle pas encore sur mon front, pourtant je ressens le besoin de faire une pause. Pas pour reprendre mon souffle ou respirer à pleins poumons ce bon air pur de la capitale mais pour immortaliser une fois de plus ce monument parisien d’une blancheur éclatante contrastant avec la grisaille ambiante, mélange instablement dosé de pollution et faiblesse du pouvoir d’achat.

20h05. J’arrive au sommet et mon regard se porte immédiatement vers ce qui sera ma salle de concert ce soir. Pas le temps de regarder la basilique, je ne suis là que pour une chose : découvrir et écouter du jazz. Mes pas se suivent et s’enchaînent au rythme de ceux qui me devancent. J’ai déjà une trompette dans la tête depuis ce matin, celle de Chet Baker, accompagnée elle aussi d’un sax’, celui de Gerry Mulligan, mais ce soir cela sera une autre histoire.

20h30. Nichées sur le flanc de la butte Montmartre, je m’installe à même le sol sur ces gros caillous, époque post-gallo-romaine, officiant de fauteuils plus ou moins confortables de ces arènes. Le soleil commence à décliner lentement sur la scène encore illuminée de cet anneau de lumière. J’en profite pour consulter le programme de la soirée et de découvrir en détail ce quintet. Premier concert pour le nouveau groupe du trompettiste Eric Le Lann, j’ai conscience d’assister à une exclusivité mondiale !

Je cite le programme : « Réunissant cinq personnalités incontournables du jazz français, le propos du projet acoustique du trompettiste est de jouer avec cœur et énergie un répertoire reprenant les grands classiques donnés au jazz tant par Gershwin, Ellington ou Cole Porter, qu’Herbie Hancock ou Wayne Shorter.
Ces standards de rêve y sont abordés d’une façon contemporaine autant que dans le respect des multiples écrins qui leur ont été offerts jusqu’à aujourd’hui.
Cette démarche résolument émotionnelle est devenue au fil du temps la marque de fabrique du leader... »

La foule commence à envahir l’espace, les gens se tassent de plus en plus, chacun essayant de trouver son caillou le plus confortable possible. Le soleil toujours présent, le ciel encore bleu, ça se passe comme ça un soir d’été. En haut des gradins, derrière le grillage, quelques resquilleurs se posent, histoire de profiter de la musique gratuite. Ils ont bien raison, le jazz doit être une fête et accessible à tous, même ceux qui ont du mal à comprendre la notion de pouvoir d’achat, surtout en fin de mois.

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Eric Le Lann, une synthèse à l’équilibre parfait entre Miles Davis et Chet Baker. Immiscer dans le monde du jazz par les sax’ de Getz et de Garbarek, je me découvre une passion tardive et un enchantement de plus en plus émouvant pour la trompette. Le souffle de cet instrument me transperce et me transcende. Chet m’arrache quelques larmes, Miles m’emporte vers d’autres mondes, mais je n’oublie pas non plus quelques contemporains plus « électro », tels que Nils Peter Molvaer (pour qui je viens de rater de peu son concert au New-Morning) ou Eric Truffaz (présent au prochain Jazz à La Villette).

21h00. Le carillon a sonné ses 9 coups, les artistes ne devraient pas tarder à pénétrer sur la scène encore plongée dans une légère pénombre qui petit à petit nous envahit. Sont-ils déjà présents à attendre aussi impatiemment que moi leur entrée ? J’imagine déjà Chet arriver avec une seringue pendant encore au bras, un filet de sang le long de la jugulaire... A quels cocktails ces jazz-men carburent-ils ? Cocaïne-Héroïne ou Evian ? Je penche pour la deuxième solution, question d’époque, d’hygiène de vie ou de pouvoir d’achat ? Mes réflexions sont interrompues, les spots s’éclairent et le quintet arrive dans la place. Le silence se fait naturellement, les portables s’éteignent mais les cigarettes restent allumées (tout le monde n’a pas le même sens de civilité et des libertés de chacun).

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A Thomas Bramerie d’ouvrir le bal, de débuter le show. Les avant-bras musclés, le teint légèrement halé, le contrebassiste, reconnu pour ses qualités d’écoute et un toucher des plus sensibles, démarre la cadence, suivi de près par Laurent de Wilde au piano. Cela cogne, cela vibre, cela frappe : Jean-Pierre Arnaud, batteur autodidacte, commence lui aussi son show. Et il cogne fort, le bougre !

Enfin, les premiers souffles nous parviennent : Eric Le Lann à la trompette, bien sur et Pierrick Pedron à l’alto... Et là, je ne peux plus vous dire grand-chose... j’écoute simplement ce rythme fou, endiablé. Dans les immeubles d’en face, quelques curieux néophytes ou habitués passionnés sortent sur leurs balcons pour écouter cette musique. Moi j’ai l’image en plus du son...Ils sont à 10 mètres, je peux les approcher, toucher presque leurs instruments. Impressionnant et convivial !

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Entre chaque morceau, les sourires se délient, les regards se croisent. Le quintet s’amuse aussi bien que moi. Ils n’ont pas l’habitude de jouer ensemble et cela se voit, petit conciliabule entre chaque reprise, grand sourire, petits étonnements impressionnés entre les solos de chacun. Quelle soirée, à la limite de l’intimité...200-300 personnes à partager cette magie et ce fut un grand moment de bonheur. Jamais, je ne voudrais échanger une telle soirée contre un Johnny dans un stade, perdu au milieu d’une foule anonyme.

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Les solos s’enchaînent, le soleil s’est estompé mais la chaleur est restée. Ils sont tous à l’unisson pour parfaire ce projet. Pedron, Brameri, De Wilde, Arnaud et Le Lann s’éclatent et leur joie est communicative. J’ai rendez-vous avec la lune (cela pourrait faire une chanson d’Indochine). Et cette lune perce le devant de la scène sous les spots rouges et bleus pour illuminer de tous ces feux cette soirée Jazz. Ces musiciens ont l’air d’être une bande de potes, jouant les standards de leurs aînés dans un garage underground. Pourtant, ce sont avant tout de grands noms doués d’immenses talents qui prennent surtout un pied et un plaisir abyssal à jouer ensemble, presque à improviser quelques sets d’un jour...

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Franchement la chaleur humaine qui se dégage de cette soirée me procure une sensation de bien-être incommensurable. Cela me plonge quelques années en arrière où j’avais ressenti cette même grande et belle émotion à l’Olympia avec le trio Romano - Sclavis - Texier. Peut-être vous en raconterai-je un bout, un jour, si je parviens à réunir quelques bribes de souvenirs...

Et je me donne rendez-vous l’année prochaine à surveiller le programme de jazz des prochaines arènes de Montmartre, tant cette soirée fut si réussie, si humaine, si chaleureuse et tant les superlatifs pour la décrire deviennent inutiles... RDV 2009 !

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