The Ballad of John Reddy Heart

06.09.2008 | Black
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Willowsville, belle bourgade blanche du Nord-Est de l’Amérique. Alors, lorsqu’un jour de 1960, John Reddy Heart, âgé de 11 ans, arrive au volant de la Cadillac rose de sa mère, tous les habitants de Willowsville vont voir leur vie basculée à tout jamais.

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John Reddy Heart, les collégiennes et lycéennes chavirent pour ce garçon.
John Reddy Heart, les mères tombent amoureuses de ce jeune et mystérieux ténébreux.
John Reddy Heart, les gars s’identifient à ce dur en blouson noir.
L’icône de toute une ville de banlieue. Tous se disent proche de lui, tous espèrent et croient en lui. Alors le jour où il tua l’amant de sa mère pour la protéger, avec le Colt 11.43 de son grand-père, John Reddy Heart est sublimé par l’ensemble de ses camarades et élevé tout simplement au digne rang de héros de la nation, ou du moins de Willowsville.

Mme Heart, surnommée le « Dahlia Blanc », hommage à une célèbre affaire policière le « Dahlia Noir », est une femme sublime, s’habillant toujours tout en blanc. Elle ne laisse pas indifférente la gente masculine de cette banlieue proprette. Elle est belle, et elle se montre aux bras des hommes, de nombreux hommes, même mariés. Les femmes de Willowsville sont sensibles à ses charmes mais également d’une jalousie extrême devant cette ravageuse d’hommes, peur de voir tomber leurs petits maris dans les griffes de cette mente religieuse.

Ainsi, tout le petit village de Willowsville se trouve perturbé par la venue de cette famille venue perturbée leur train-train quotidien et par ce qui deviendra « l’affaire »... Ainsi naquit la légende de John Reddy Heart.

Il fut un temps où, à Willowsville, village de 5 640 habitants sis dans l’État de New York, dix-huit kilomètres à l’est de Buffalo, toutes les filles de douze à vingt ans (et beaucoup d’autres, qui ne le disaient pas) étaient amoureuses de John Reddy Heart.

John Reddy Heart fut notre premier amour. On n’oublie jamais son premier amour.

Et quand il n’était pas vraiment notre premier amour (car après tout nos mères avaient dû aimer nos pères, lorsqu’elles étaient jeunes, dans cet abîme temporel qui avait précédé nos naissances... et certaines d’entre elles étaient amoureuses de John Reddy Heart), il supplanta ce premier amour, et jusqu’à son souvenir.

L’époque qui nous est la plus chère n’est pas celle, tendue, « publique », où John Reddy devint célèbre : ces soixante-douze heures où fuyant la justice, traqué à travers tout l’État par la police du New York et d’autres représentants de la loi, il fut finalement capturé dans les montagnes, arrêté et ramené menottes aux poignets ; où son histoire fut racontée à la télé et dans les journaux locaux, et son visage reproduite quotidiennement dans les médias pendant des semaines : seize ans, séduisant bien que meurtri et ensanglanté, têtu, mystérieux par son silence, les paupières lourdes de secrets. Nous ne chérissions pas non plus le drame de ses procès de l’automne, plus médiatisés encore, les gros titres tapageurs des journaux : UN JEUNE DE BANLIEUE JUGÉ POUR LE MEURTRE DE L’AMANT DE SA MÈRE - UN ADOLESCENT DE SEIZE ANS JUGÉ COMME UN ADULTE, UN « CRIME ODIEUX » ACCUSE LE PROCUREUR DE DISTRICT - dans Time, Newsweek, Life. Et des reportages à la télévision. Et nous ne chérîmes pas davantage les folles semaines de « La Ballade de John Reddy Heart », le tube du groupe rock Made in USA, qui se retrouva en tête du hit-parade moins d’une semaine après sa sortie.

John Reddy, tu avais nos cœurs.
John Reddy, nous serions morts pour toi.
John Reddy, Johnny Cœur rouge.

J’ai souvent lu que, pour apprécier le talent, l’essence et l’écriture de Joyce Carol Oates, il fallait « oser s’attaquer » à ses gros pavés, des romans fleuves dépassant largement le demi millier de pages. Alors après la lecture de 4 de ses « petits » romans, je décidais de m’atteler à cette tâche. Johnny Blues frôle les 700 pages (elle a fait encore beaucoup plus long) et se découpe en 3 parties inégales.

Chapitre 1 : TUEUR

Cette première partie du roman relate « l’affaire », celle du meurtre, celle des deux procès et la façon dont elle est perçue par cette petite ville proche de Buffalo. Si le valeureux John Reddy Heart a été disculpé, les autorités le condamnèrent quand même à un petit séjour au pénitencier du coin. Déjà adulé par la population, cet acte fit de lui une véritable légende. Ainsi, tous les ans, à chaque réunion d’anciens élèves (coutumes très américaines, me semble t-il...), ses camarades ressassent les souvenirs du passé, à commencer par le premier jour où John Reddy Heart a foulé la ville de Willowsville, le premier jour où il a regardé untel, où il a embrassé unetelle... Toute la clique se sent proche de lui, se veut son ami avec des degrés d’intimité de plus en plus élevés au fil du temps. De longues soirées à se souvenir, à se remémorer et à lire... parce que c’est long, très long, trop long ?

Chapitre 2 : M. REPARE-TOUT

La partie la plus intéressante, à mon sens. On découvre le vrai John Reddy Heart, ce qu’il est devenu après « l’affaire », ses aspirations et sa vie. Un John Reddy Heart plus humain et plus simple que la vision de ses soi-disant camarades peut avoir de lui. Son image ne fait plus illusion pour le lecteur, le seul dans l’histoire à connaître la réalité, à ne pas tomber dans cette fantasmagorie populaire. John Reddy Heart, le solitaire. Devenu ermite, il se fout totalement de son passé. Des camarades de classes ? Quels camarades ?

Chapitre 3 : TRENTIEME REUNION

La partie la plus pathétique. Toutes ces têtes bien-pensantes de Willowsville se retrouvent une énième fois pour ressasser « l’affaire ». Orgie de bouffe, de bières, d’alcool et de pizza pour donner une représentation criarde de l’Amérique blanche. Le modèle américain WASP, à savoir blanc protestant anglo-saxon, dans toute sa splendeur. Elle est belle cette Amérique des banlieues chic, tout dans la propreté du paraître. Ils ont tous des hautes fonctions dans l’administration, le cinéma, la politico-justice ou la littérature, mais ils n’ont jamais réussi à se défaire de leur fantasme John Reddy Heart. Pauvres d’eux-mêmes, malgré l’embonpoint et la richesse dégoulinant de leur pseudo aura...

(JPG)

Au final, que penser de ce « Jonnhy Blues »...
Des qualités indéniables, certes... Une Joyce Carol Oates que j’apprécie toujours et pour qui je continuerai encore à suivre ses écrits, mais la longueur et la lenteur de ce roman m’ont quelque peu dérouté. L’aspect répétitif, à trop venir, en devient presque agaçant, le lecteur que je pus être se demandant sempiternellement s’il avait une chance d’en atteindre le bout... Mais l’Amérique blanche et bien-pensante qui y est décrite a un coté jubilatoire face à la dérision, le pathétisme et la pauvreté d’âme de ces gens-là...


Table des Matières

Chapître 01 : Reflets en eau trouble

Chapître 02 : Délicieuses Pourritures

Chapître 03 : Man Crazy

Chapître 04 : Johnny Blues


 
 

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