Dernier Baiser du Montana

19.09.2008 | Mis à jour le 06.10.2008 | Black
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A Missoula, dans le Montana, une étoile noire va s’ajouter au firmament du Charlie B’s, l’un des plus beaux bars de l’Ouest américain. Sur le fronton au-dessus du comptoir, on trouve une étonnante galerie de portraits en noir et blanc de gars du coin : vieux Indiens aux rides profondes, cow-boys ayant surtout chevauché des tabourets, vétérans du Vietnam, pêcheurs, musiciens, écrivains...

Sur leurs photos, les disparus ont droit à une étoile. Bientôt, James Crumley, dont le Charlie B’s, était l’un des repaires, aura aussi la sienne. L’écrivain américain est mort hier au Saint Patrick Hospital de la ville, à 68 ans. Il a succombé à de multiples problèmes de santé, dont un certain nombre dûs à son goût immodéré pour l’alcool et la drogue, qui le handicapaient depuis plus de dix ans. La littérature perd l’un de ses plus puissants romanciers. Et l’Ouest américain, une légende.

Professeur de littérature dans plusieurs universités, il finit par poser ses valises en 1966 à Missoula, Montana, à l’ombre des Rocheuses, où enfin il se convainc que son vrai métier est celui d’écrivain. La petite ville, alors, n’était pas encore la Mecque des écrivains américains comme aujourd’hui. Lui venait y enseigner la littérature. James Welsh, un autre écrivain lui aussi disparu, nous avait raconté son arrivée à l’université : « J’ai vu un type qui se battait contre quatre étudiants. J’ai crié : "Arrêtez, c’est le prof que vous frappez !" Je l’ai emmené ensuite à l’infirmerie. » Raison de la rixe : un des types n’aimait pas sa moustache.

Il y écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence, d’après les récits des vétérans de la guerre du Vietnam. L’accueil du public est quasi inexistant et celui de la critique particulièrement glacial. Cela ne l’empêche pas d’en écrire onze au total, dont la Danse de l’ours, Fausse Piste, le Canard siffleur du Mexique, le Dernier Baiser, plus quelques nouvelles comme Whores and Other Things (Putes et autres choses). Son dernier roman, la Dernière Contrée, a été publié en France en 2002.

Dans la vie, il était à l’image du rêve américain : brisé en mille fragments par les bagarres, les cuites, les coups durs... Mais sa religion, celle de ses héros, Milo, le flic à la coke triste, et Sugrhue, le privé déglingué du Dernier Baiser, était restée la même : la route, les bars, les femmes - il a eu cinq épouses - la recherche du paradis perdu. Un quatuor que l’on retrouve dans bien des romans noirs mais magnifié chez lui par un style époustouflant. une écriture haletante qui tenait de la course-poursuite au bord des précipices.

Une course qu’il avait entamée dès l’adolescence. Dans un documentaire qui lui était consacré, l’Esprit de la route de Matthieu Serveau, James Crumley se livrait à son sport favori, la tournée des bistrots du Montana en quête du bar parfait. Des établissements où l’on porte des chemises écossaises, une casquette de base-ball, où l’on boit de la bière avec un shot de whisky et où l’on fait des blagues qui font s’esclaffer les habitués mais que personne d’autre ne comprend. Un peu comme le Charlie B’s. Crumley y racontait son premier grand souvenir, lorsqu’il quitte pour la première fois la maison familiale au volant de la voiture de son père. « Je voyais la maison s’éloigner dans le rétroviseur. Je ne savais pas si c’était la liberté, mais ça y ressemblait. »

Libération - 19 septembre 2008

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La liberté, je crois qu’il l’a enfin trouvé... Jusque là, je n’avais lu que « Fausse Piste » (un livre prêté par une âme charitable), mais coïncidence, j’ai acheté mon premier Crumley « Le Dernier Baiser »... Une occasion qui ne se refuse pas, c’était il y a juste 7 jours...

Maintenant, il va encore trôner, avec fierté, quelques jours ou semaines sur une étagère de ma bibliothèque... Jusqu’à ce que je sois enfin prêt à reprendre la route des bars avec ce bon vieux James !

Second fait du hasard, en ce moment même, j’ai replongé dans l’Ouest sauvage, au milieu des plaines du Montana, à la découverte d’un autre romancier de ce terroir : Thomas Savage. Il y faisait un froid glacial en ce temps-là, l’immensité était encore à l’état sauvage, la nature impressionnante de beauté. C’était le temps des cow-boys, des ranchs, de la poussière et aussi du « Pouvoir du Chien ».

 
 

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