De cendre et d’os - John Harvey

25.09.2008 | Black
1746 visiteurs  -  Aucun commentaire

S’il y avait bien une chose propre à donner immanquablement à Elder l’impression qu’il vieillissait, c’était un samedi soir dans un pub de Camden. Les tables, lourdes et carrées, étaient envahies, surchargées de bouteilles vides et de verres, noyées sous un flot de bière et les fanfaronnades des buveurs. Pas un seul siège de libre où que ce soit. Au bar, une mêlée, sur trois rangs. Un téléviseur grand écran diffusant en continu des clips musicaux que personne n’écoutait, que personne ne regardait. La fumée de cigarette où s’insinuait l’odeur immédiatement reconnaissable du cannabis. Des voix qui s’élevaient, tonitruantes, par-dessus un mélange de reggae et une sorte de rock marteau-pilon réduit à sa plus simple expression. Son âge mis à part, ce qui distinguait Elder de la masse, c’était le fait qu’aucune partie de son anatomie n’était percée pour s’orner d’un anneau ou d’un bijou, et qu’il n’était pas vêtu de noir.

Franck Elder est un flic à la retraite. Mais comme le temps est beaucoup plus long dans les Cornouailles (et plus qu’ailleurs), il se permet quelques piges pour aider ses anciens collègues sur des affaires non résolues ou en panne d’inspiration (Cold Cases, c’est à la mode). Surtout quand l’enquête se trouve en rapport avec le meurtre d’une flic, amante furtive d’un jour de Franck, 20 ans auparavant.

(GIF)

John Harvey a mis de côté son « inspecteur-gastronome-jazzophile » Resnick le temps d’une trilogie sur ce retraité. Rien de bien original dans ce scénario, meurtres, drogues et règlements de compte, mais l’intrigue est bien tendue et tient en haleine un lecteur captivé par cette ambiance des brumes anglaises. Un polar à l’ancienne, en somme, où l’humain entre en compte beaucoup dans la personnalité des protagonistes. Des inspecteurs au passé douloureux. Des flics au passé douteux. Des complots, de la suspicion, de méchants anglais, mais aussi de l’amour, de la vengeance et des héros avec des faiblesses humaines, des échecs personnels et des dérapages incontrôlables, confrontés à des situations plausibles et réalistes. Je le vends bien ce polar, non ?! Stop à l’hypocrisie et à la démagogie : ce n’est pas non plus le roman noir du siècle, mais ce fut un petit moment sympathique de détente où les flics combattent les voyous, où les voyous s’en prennent aux flics...

Au début, Elder s’était demandé s’il s’habituerait un jour au climat de cette partie de la Cornouailles. En général, tel un môme prédélinquant de cinq ans tout au plus, ce fichu climat était incapable de se concentrer plus de cinq minutes à la fois sans se disperser. Le soleil était suivi de violentes averses pratiquement horizontales, puis il brillait de nouveau et pendant tous ces bouleversements, soleil et pluie, le vent, quasi inévitable, soufflait en permanence. « Ça vous fouette le sang », disaient les autochtones - quand ils daignaient ouvrir la bouche - si Elder se plaignait.
Puis, par une fin d’après-midi des derniers jours d’octobre, alors que la nuit tombait, il prit conscience que pendant trois jours pleins le brouillard venu de l’Atlantique, mêlé à la brume qui voilait les collines, ne s’était pas dissipé un seul instant, noyant tout sous un gris immuable qui traversait une pluie violente, implacable et incessante.

L’odeur des œufs brouillés baignant dans la graisse, du chow mein au poulet, ou du kebab à la sauce pimentée pigmentent les pages de ce polar. Malgré tout, Franck Elder semble avoir une meilleure hygiène de vie que son comparse et compatriote Charlie Resnick et ses fameux sandwiches fourrées à la mayonnaise et aux triglycérides, avec malgré tout un fort penchant pour le whiskey, single malt, écossais ou même irlandais (ça c’est l’Angleterre que j’aime, les pubs, la bière et le whiskey... manque plus que l’écharpe et un billet pour l’Emirates Stadium avec ses canonniers). L’aspect social, thème récurrent cher à l’auteur, reste présent en filigrane, tout comme les problèmes raciaux ou politico-économiques. Et puis il y a les Cornouailles, son climat ardu, ses terres tourbées et ses troupeaux de brebis...


D’autres chroniques sur John Harvey :
-  Cœurs Solitaires
-  Now, It’s Time

 
 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 59 visiteurs par jour (602764 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2