Le Pouvoir du Chien

04.10.2008 | Black
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C’était toujours Phil qui se chargeait de la castration. D’abord, il découpait l’enveloppe externe du scrotum et la jetait de côté ; ensuite, il forçait un testicule vers le bas, puis l’autre, fendait la membrane couleur arc-en-ciel qui les entourait, les arrachait et les lançait dans le feu où rougeoyaient les fers à marquer. Étonnamment, il y avait peu de sang. Au bout de quelques instants, les testicules explosaient comme d’énormes grains de pop-corn. Certains hommes, paraît-il, les mangeaient avec un peu de sel et de poivre. « Amourettes », les appelait Phil avec son sourire narquois, et il disait aux jeunes aides du ranch que s’ils s’amusaient avec les filles ils feraient bien d’en manger eux aussi.

Premières phrases du roman de Thomas Savage - Le Pouvoir Du Chien - pour rentrer de plein fouet dans la personnalité de Phil. Phil Burbank est le cow-boy type, celui qu’on s’imagine dans nos rêves de gosse. Grand, fort, viril et misogyne. Il manie le lasso à merveille tressé à la main à partir de lambeaux de peaux séchées, joue du couteau, une main ferme sans gant pour diriger le ranch familiale.

George Burbank, son frère, 2 ans de moins, est tout l’inverse. Gros, lourdaud même, il reste dans son coin, un tempérament taciturne et primitif. Néanmoins, il mène à part égale le ranch. Excellente entente entre les deux frères, la vie dans ce ranch du Montana, au début des années 20, se déroule de façon harmonieuse au gré du temps, glacial et rude dans les immenses plaines du Montana et de l’Utah, des débourrages de chevaux et des marquages de veaux au fer...

« Je te dit Maman s’ai chouette d’ettre cow-boy. »

Far-West dans le Montana. L’harmonie soudaine du couple de frangins va se rompre le jour où George le solitaire va s’enticher de Rose, veuve éplorée d’un ex-mari alcoolique et suicidaire. Mariage rapide, Rose s’installe au ranch avec son fils Peter que certains n’hésitent pas à traiter de « Mademoiselle Chochotte »... Et la vie de Phil le dur s’en trouve perturbée. Une tension extrême s’installe entre Phil et Rose, en même temps qu’une relation semble se nouer entre Phil et Peter. Rose semble perdue dans ce monde rude de mâles, et son comportement déclinera aussi rapidement que le soleil couchant en hiver derrière ces montagnes du Montana. Un univers entièrement masculin entoure Rose au milieu des chiens, des bœufs, des moutons, des chevaux... Elle ne semble pas trouvé sa place au sein de cet immense ranch et c’est comme si les clôtures du ranch se dressent à l’encontre de sa propre volonté.

(GIF)

Dans le Publisher’s Weekly du 2 janvier 1967, lors de la sortie du roman, parut le commentaire élogieux suivant :
«  Un roman puissant et nerveux qui, cependant, s’ouvre sur un premier paragraphe d’une brutalité si crue et si gratuite que bien des lecteurs en seront dissuadés de continuer. La scène se passe dans l’Utah de 1924. Sur un fond très rude de pays d’élevage, M. Savage tisse l’histoire de deux frères : George, lent, maladroit, intrinsèquement brave, et Phil, homosexuel refoulé. Lorsque George épouse une veuve et la fait venir au ranch, Phil lui mène une vie si infernale que la femme se met à boire en cachette. Puis Peter, le fils adolescent de cette femme, un garçon à la fois brillant et bizarre, vient passer l’été et se rend compte de ce qui se passe. Alors que Phil complote pour parvenir à une liaison homosexuelle avec le jeune Peter, celui-ci élabore, pour se venger de lui, un moyen si diaboliquement adroit qu’il fait froid dans le dos. Krafft-Ebing sur fond régional western, voilà qui présente un fort intérêt littéraire mais beaucoup moins d’attrait commercial. »

Si malgré tout, les efforts pour vous intéresser à ce pesant huis clos de Thomas Savage restent vains, je ne peux guère en faire plus : à savoir, soit vous n’êtes pas ému un seul instant par la beauté et l’immensité des paysages du Montana, soit vous êtes un cow-boy homosexuel refoulé...

Phil n’avait pas de notions romantiques au sujet des Indiens. Il laissait ce genre de sentiment aux professeurs et aux rigolos de l’Est avec leurs appareils photos extravagants. Les enfants de la nature, mon œil. Des conneries. En réalité, les Indiens étaient des feignants et des voleurs. On avait bien essayé d’employer des Indiens dans les champs au moment des foins, mais, pour ce qui était des machines, ils étaient complètement abrutis, incapables de colmater un trou de taupe avec du sable. Et médiocres avec les chevaux. Quand on avait voulu installer ces Indiens avec les autres hommes, dans des tentes dressées dans les champs, les hommes s’étaient plaints des odeurs, et il avait fallu choisir : soit eux, soit les indiens.

 
 

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