Promotion 69

23.11.2008 | Black
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Juillet 1969 - remise des diplômes universitaires, bringues furieuses et fêtes endiablées. Que reste t’il de ces années ?

Juillet 2000 - ces mêmes étudiants d’antan (beaux, riches et célèbres) se retrouvent lors d’une énième réunion des anciens, en l’occurence la trentième. Constat déjà effectué avec mon récent Joyce Carol Oates - Johnny Blues - c’est bien une coutume typiquement américaine d’organiser ce genre de réunions des « anciens », anciens de Kappa, anciens d’Omega, anciens du club d’échec ou de cheerleaders...

(JPG) 1969, l’homme a, soi-disant, marché sur la lune, mais une toute autre révolution commence en cette année-là. Révolution musicale avec le premier album de Led Zeppelin, tout simplement nommé I. Cette musique, précurseur et innovatrice, chargée en testostérone et en saturation électrique, symbolisé par un dirigeable phallique, transformera le monde du rock et sera pour l’occasion baptisé de « hard-rock ». 30 ans après et même 40 ans maintenant, le plaisir est toujours intact lorsque la guitare de Jimmy Page entre en scène sur cet album. Je ne le qualifierai peut-être plus de hard-rock mais ce disque prend pour moi sa source dans un profond blues traditionnel avec simplement des accents plus électriques. Des riffs saturants, une voix envoûtante, un groupe est né de ce mélange rock blues folk parfaitement dosé. Dazed and Confused symbolise à mon sens la bascule du blues vers une touche plus rock psychédélique. Black Mountain Side apporte une note d’exotisme et bien en avance sur son temps démontre son aspect novateur avec une ambiance orientale. Enfin, je ne vous apprendrai rien sur le sujet... Led Zeppelin - I fut un phénomène à sa sortie et reste de nos jours un album éternel, trouvant indéniablement et logiquement sa place dans ma discothèque idéale, qui vieillit merveilleusement bien et s’assume nettement mieux que les protagonistes de la « Promotion 69 » de Tim O’Brien (Juillet, Juillet).

(JPG)

Il était près de midi quand la chaleur de juillet réveilla enfin Amy Robinson et Jan Huebner. Jan s’était endormie comme une masse sur le lit d’Amy et elles se trouvaient allongées côte à côte, comme au temps où elles étaient camarades de chambre, se plaignant tour à tour de la vodka de mauvaise qualité et de l’âge mûr. Jan lui confessa qu’elle était ménopausée depuis quelques mois. « Aussi asséchée que la Pecos, dit-elle. Et tu sais ce qu’il fait ce salopard de Richard, sitôt qu’il voit ça, l’ordure, il me quitte pour trouver des eaux plus arrosées. Il me fait au revoir de la main. Un sourire. Et s’en va tranquillement.

-  Arrête, arrête, arrête, dit Amy.
-  Tu as raison, je suis grotesque. » Jan gémit et se rassit. Son rouge à lèvres Prune de Minuit était assorti aux poches bouffies qui lui cernaient les yeux. « Une question importante, est-ce que la Pecos est asséchée ?
-  Là, c’est une colle.
-  Le Sahara, alors ?
-  C’est déjà mieux. Mais à mon avis, ce n’est pas une rivière.
-  Pas une rivière ?
-  Je ne crois pas.
-  Merde alors. »

Le constat est terrible : 30 ans après, où est passé le bonheur des années d’antan ? Que sont-ils devenus ? Ils rêvaient de grands mariages, d’amour et de fraternité, d’abolition des privilèges et de fin du Viêt-Nam. Ils espéraient refaire le monde, changer l’avenir ou trouver simplement le bonheur. Mais au lieu de ça, ils se retrouvent en pleine chaleur d’un mois de juillet, dans un campus désertique, à compter les absents, à se remémorer les gloires du passé, tout en se saoulant de façon pathétique et se goinfrant de pizzas réchauffés. Certains ont une jambe en moins, souvenir du Viêt-Nam, d’autres une perruque en plus, souvenir d’une chimiothérapie drastique. Il y a aussi ceux qui n’ont pas eu la chance de faire partie des survivants (peut-être, eux, ont-ils trouvé le bonheur). Ils vivent dans des banlieues huppées pas si éloignées de Wisteria Lane, mariés, divorcés, remariés et séparés. Ils sont riches ou presque. Ils vivent dans l’opulence, mais le plaisir s’est absenté depuis trop longtemps. Ils survivent tout simplement, dans cet univers froid et individuel de la petite bourgeoisie blanche et « bien-pensante ».

Spook Spinelli ôta sa minijupe en métal, s’enroula dans une grande serviette, se ravisa, enleva la serviette, enfila une paire de talons hauts et parcourut le long du couloir humide qui menait aux douches des dames du premier étage de Collins Hall. D’habitude, Spook aurait été un peu déçue de voir la salle déserte, pas de bavardages entre filles, pas de regards envieux, pas de compliments équivoques sur son cul bien conservé. Mais cette fois-là, elle éprouva du dégoût et de la peur. Le dégoût s’en irait sous la douche, comme toujours, mais la peur résistait à l’eau et au savon. Elle était incrustée en elle depuis qu’elle était petite : peur d’être seule, peur de ne pas être seule.
Tout en se frottant pour enlever toute trace de Billy McMann, Spook fredonnait un air qui en son temps avait valu à son ex-rocker de Los Angeles d’engranger des dollars à la pelle. Elle songea à lui passer un coup de fil, ce qui la fit rire, puis elle songea à avaler le contenu de l’extincteur rouge au bout du couloir. Glisser l’embout dans sa gorge. Appuyer sur la détente.

(JPG) 1969, le mouvement hippie prend le pouvoir, les manifestations contre le Viêt-Nam s’amplifient, les manifestations pour le monde gay et lesbien s’affirment et la musique se fait plus psychédélique. Peace & Love s’affiche et le rock expérimental se déchaîne. Je ne suis plus dans les banlieues chics et blanches de Tim O’Brien, mais en Allemagne où un courant musical prend son essor à l’instar d’un Genesis (version Peter Gabriel, of course) en Angleterre ou du groupe franco-australien Gong. Ils n’auront pas leur renommée malgré la puissance de leur musique encore plus psychédélique et pour le moins novateur, entre space rock et krautrock. Vive le Choucroute Rock ! ! ! Monster Movie, le premier grand album de CAN ! Avec notamment un morceau anthologique qui résume à lui seul leur litanie : You Do Right. Prières sous acide, envolées mythiques voir même mystiques, les éléphants roses survolent la Bavière (même après les fûts de l’Oktoberfest). Hurlements d’un chanteur égosillé, discours lancinants d’un chanteur neurasthénique, larsens et riffs sauvages à la guitare. Attention tout de même à ne pas mettre ce disque entre toutes les mains, il peut causer des dommages cérébraux extrêmement sérieux et irréversibles (y’ a qu’à me regarder). CAN, c’est le début d’une nouvelle ère musicale ; CAN, c’est l’avènement d’une nouvelle symphonie, à consommer sans modération mais sous influences psychotropes, qui ressemble à une toile d’Andy Warhol. CAN, si vous pouvez et que vous en êtes capable, alors « just do it ».

Elle est antédiluvienne, ton histoire, disait Johnny. Vieille comme les protons. Quand on a vu ça une fois, on l’a vu des milliards de fois. On est au royaume de la grande illusion. Des contes de fées. Tu te crois dans Hair, ou quoi ? Ces conneries de Laissons, Laissons, entre le soleil, ça a fini par vous bousiller les neurones, à ta génération de barges.

30 ans... Tim O’Brien avait 23 ans lors de cette fameuse année 1969. Il connait donc parfaitement les espérances de cette époque. 30 courtes ou longues années qui ont ravagé toute une génération. Un réglement de compte sur la vie que le temps a finalement gagné en mettant fin à tous les espoirs de cette promotion 69, seule la nostalgie d’une époque idéalisée met encore du baume au coeur.

 
 

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