La Splendeur des Chevaux du Vent

30.11.2008 | Black
2657 visiteurs  -  4 commentaires

Des nappes de vapeur s’échappaient de tous les coins, chargées d’odeurs : puanteur de pisse et de merde des hommes et des chiens, cuir moisi, crottin de cheval, suint, vin aigre, sueur fermentée, relents de plastique et d’essence, de cadavres de chiens errants, miasmes des vieillards moribonds, parfum bon marché, restes rances de cuisine.

Une autre image du Tibet nous est proposée dans ce roman de Zhaxi Dawa. Loin des moines tibétains en drap orange et bonnet de nuit jaune, ce Tibet fait la part belle à ses habitants, les nomades de ses grands plateaux, à la violence et à la misère. Le Potala n’apparaît ici comme uniquement un bâtiment luxueux où l’essentiel de la population tibétaine n’y a pas accès. Ce Tibet que j’avais tendance à considérer uniquement comme une terre spirituelle devient une nouvelle contrée sauvage mais qui reste aussi magnifiquement poétique, encore ancrée dans ses traditions ancestrales. Poésie et magie alternent les durs moments de labeurs et de marchent entre les longues steppes et les sommets inaccessibles.

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Quatre nouvelles pour découvrir un nouveau pays, loin du chemin des 4x4 touristiques parcourant la beauté de ces paysages. Panoramas divins et rencontres humaines, je ne cache pas mon émotion devant la grandeur de ces chaînes himalayennes. Essoufflés et époustouflés, je regarde et j’écoute ces chevaux du vent se battre entre eux, au grès des bourrasques longues et imprévisibles. Ils cognent et dansent sous mes yeux, des regards se posent sur ma lecture, et mes yeux humides trouvent dans la magie de Lhassa un petit moment de bonheur émerveillant et chaleureux.

Malgré la violence, malgré la misère et la pauvreté, la poésie est là. Les traditions survivent et je me trouve emporté facilement par ce vent soufflant sur ces hauts plateaux. Ce qui me donne tout naturellement envie de découvrir un peu plus les autres écrits de l’auteur (« Tibet, les années cachés », « la silence d’un sage », ...).Et peut-être qu’un jour, je pourrai faire voler mon propre cerf-volant devant le Potala. En tout cas, Zhaxi Dawa m’a clairement montré le chemin où tout est possible, surtout avec l’imagination.

Le bol à la main, il courut jusqu’à la tente trente-six dans laquelle vivait la vieille dame Longna. Dans sa jeunesse, elle était médium ; aujourd’hui, de sa bouche édentée, elle clamait son dégoût du monde : l’époque appartenait aux démons et aux monstres, les sévères divinités protectrices de la Loi ne parvenaient pas à les maîtriser et les Bodhisattva se taisaient. A chaque fête religieuse, venu des riches monastères à l’extérieur de Lhassa, le son des longues trompes de cuivre pouvait bien tourner interminablement dans le ciel de la ville ; les moines, aussi redoutables que des faucons, très épaulés, et coiffés de leurs grands bonnets jaunes à crête, pouvaient bien frapper sans arrêt sur le sol avec leurs grosses lances de fer ; venus de toutes parts, les pieux fidèles, terrorisés, pouvaient bien se prosterner contre terre sans oser bouger. « Mais les puissances du mal ne seront pas subjuguées pour autant. Ces mises en scène sont faites pour permettre aux étrangers de photographier et de filmer », disait-elle les yeux mi-clos.

Dès que mon esprit s’est immiscé dans ces hautes plaines de Lhassa, il s’est souvenu d’un film bouthanais qui l’avait marqué et transformé quelques mois plus tôt. Voyageurs et Magiciens de Khyentse Norbu - 2003.

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Nouveau fonctionnaire dans un minuscule village du Bhoutan, Dondup ne rêve que de voyage aux États-unis, de rock et belles filles. Dans son esprit, il est déjà parti, ne lui manquant qu’un petit détail l’obtention de son visa qu’il doit chercher dans une grande et lointaine ville. Il parcourt donc à pied les vallonnements boisés du Bhoutan, croise quelques rencontres et erre vers un étrange road-movie. Se joignent à lui, un vendeur de pommes, un moine, un vieux fermier et sa ravissante fille. Jour après jour, nuitée après nuitée, le moine raconte la légende de Tashi, un apprenti magicien qui voulait changer radicalement sa vie en allant à l’encontre des traditions ancestrales, jusqu’à ce qu’il croise sur sa route une jeune femme et que ses projets de liberté s’en trouvent perturbés. Les histoires de Tashi et de Nodrup vont se faire échos au milieu d’un monde de magie entre anciennes coutumes et nouvelles ambitions d’un Bhoutan en plein essor...

Un conte bouddhique mise en image. Une quête imaginative dans des paysages resplendissants et verdoyants. Un road-movie tranquille bercée de magie et de traditions, dans un pays qui s’ouvre au monde. D’une beauté intense, un trésor de simplicité et de spiritualité au milieu de ce petit royaume bouddhiste.

Mélancoliquement, Sangye regardait le cerf-volant, au fil scié par mille tiraillements, s’enfuir en chaloupant au-delà des sommets. Le terme de sa dérive était aussi imprévisible que le destin. Peut-être qu’un gardien de bétail le ramasserait dans la solitude d’une lointaine montagne ; ou bien il tomberait dans une rivière et une jeune paysanne, venue chercher de l’eau, le repêcherait avec sa louche de cuivre. [... la suite...]

 

4 commentaires

La Splendeur des Chevaux du Vent 1er décembre 2008 Utopie 3  rép.

Contente qu’il t’ait plu, de mon côté je note le film : Voyageurs et Magiciens de Khyentse Norbu...

D’autant plus que je n’arrive plus à lire, dans ces cas là les films me permettent de m’évader. Selon l’humeur c’est livre ou film qui m’apaisent, quand tout va bien c’est les deux mais là... envie de m’asseoir et de rien. Si regarder des cerf-volants mais là on rentre dans le monde des grandes utopies.  smiley

La Splendeur des Chevaux du Vent 1er décembre 2008 Black

Khyentse Norbu est aussi connu sous le nom de Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché. En plus d’être un cinéaste bhoutanais, c’est avant tout un véritable lama (non pas le chanteur smiley ).

Il s’est fait connaître, côté 7ème art, avec La Coupe en 1999, une vision originale de la coupe du monde de football de 1998 (on est les champions, on est les champions...) au Bhoutan.

A l’âge de sept ans, il a été reconnu comme la 3ème incarnation de Jamyang Khyentse Wangpo, l’un des plus grand maîtres du Bouddhisme tibétain.

La Splendeur des Chevaux du Vent 1er décembre 2008 Utopie

Khyentse Norbu est aussi connu sous le nom de Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché.

C’est compliqué *gros soupir* ... Rimpoché ? le nom me dit quelque chose comme auteur de livre mais c’est si compliqué que je ne sais pas

En plus d’être un cinéaste bhoutanais, c’est avant tout un véritable lama (non pas le chanteur smiley ).

 smiley Vas-y moque toi ... bah remarque ça m’aura au moins tiré un sourire aujourd’hui smiley

Tu l’as vu au ciné le film ?

La Splendeur des Chevaux du Vent 1er décembre 2008 Black

Rimpoché ? le nom me dit quelque chose comme auteur de livre mais c’est si compliqué que je ne sais pas

Rinpoché est un titre honorifique dans le monde bouddiste tibétain (équivalence de lama ? - pas l’animal qui crache à la figure du capitaine Haddock). Dans le temps, j’avais lu Sogyal Rinpoché et son livre tibétain de la vie et de la mort. Peut-être est-ce celui-là ?

Tu l’as vu au ciné le film ?

...une diffusion tardive et nocturne d’ARTE ; si mes souvenirs sont exactes, cela devait être un certain Lundi 7 Janvier 2008 aux alentours de 03h00...

 

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