Zhang Chengzhi Mon Beau Cheval Noir

13.12.2008 | Mis à jour le 27.12.2008 | Black
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Le soleil levant... Loin, très loin, peut-être à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, à l’est de la prairie, là où l’océan marque la ligne d’horizon... Nous étions éblouis... Une demi-boule, rouge sang, pointait avec timidité et s’agitait avec angoisse. Au-dessus de nos têtes, les couches de nuages, noires et bleues, qui couvraient le ciel s’étendaient tout droit jusqu’à l’est, et rencontraient là-bas le soleil naissant qui brûlait et enflammait leurs bords. Flamboyante boule de l’aube ! D’un rouge enivrant, elle bondissait et rayonnait, aux confins d’une terre immense, plate et infinie. Avec une énergie qui ne connaissait pas de résistance, elle coupa la longue nuit de la steppe dans l’orient lointain.

Une longue étendue d’herbes folles, un horizon à l’infini, les montagnes au loin, et devant moi la steppe mongole. Immensité et démesure. Quel magnifique voyage, quelle superbe découverte et quel dépaysement. Loin de la Chine et sa folle civilisation, loin de ses grandes villes en plein expansion, ici seulement quelques yourtes pour composer un village isolé, quelques habitants paysans ou éleveurs. Parmi ces rares autochtones, un jeune homme Baiyinbaolige revient sur cette Terre qui l’a vu naître après de longues études d’agronomie dans la civilisation. Ce retour sera propice aux grandes retrouvailles avec Ganga-Hala, le beau cheval noir qui sept ans plus tôt naquit dans la yourte familiale.

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Il court si vite il est si beau / oh mon beau cheval noir / attelé à l’extérieur de la yourte...

Mais ce retour aux sources pour « Bapa » (un peu plus court, et plus facile à prononcer que Baiyinbaolige) est surtout l’occasion de faire amende honorable pour avoir délaissé et oublié ses origines, sa grand-mère et la femme qu’il a aimé Somia. Un roman sur les steppes mongoles de cette Chine du Nord-Ouest mais aussi et surtout une histoire d’amour et d’enfance, avec une « loi » des steppes intraitable, d’une violence sans condescendance. Bapa tentera bien de se révolter contre ces pratiques ancestrales, notamment envers les femmes et sa bien-aimée, mais face à la résignation des intéressées, que faire, sinon fuir et s’échapper de cet univers abject... jusqu’au jour où l’appel de ses origines fut trop grand, où le hennissement de son beau cheval noir le rappelle à ses souvenirs.

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Je demandais de ses nouvelles à un berger / Il me dit qu’elle est partie transporter des crottes de mouton

Zhang Chengzhi est né en 1948, à Jinan, capitale de la province du Shandong. D’origine musulmane (hui), il est pourtant l’un des écrivains majeurs de la Chine actuelle. Polyglotte, il a écrit des livres ethnologiques en japonais, des poèmes en mongol, et traduit de l’anglais en chinois. Sa position marginale a donné naissance à son oeuvre la plus contestataire, Une histoire intime de l’âme musulmane en Chine, interdite dès sa sortie en 1992. Fleur-Entrelacs, écrit à la même époque, est considéré comme sa meilleure oeuvre littéraire. Mon beau cheval noir a reçu le Prix du Meilleur Récit en 1984.

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Je demandais des nouvelles à un berger qui s’occupait des veaux / Il me répondit qu’elle était allée chercher des bouses de vache.

Il ne me reste plus qu’à mettre ma chouba, cette robe en peau de mouton sauvage qui tient chaud aux nomades tibétains et mongoles ; un hiver, face aux vents implacables de cette steppe mongole, j’en frissonne d’avance. Mais j’ai un avantage sur vous, j’ai rempli ma gourde de joumys (ou koumys), un lait de jument fermenté et « légèrement » alcoolisé. En attendant, vous reprendrez bien un bol de thé au beurre rance ?

Je me souviendrai toujours de ces nuages splendides et disparus à jamais, de ce jeune soleil qui, en remuant, sortait des entrailles de la terre en un élan solennel. Pour moi, le soleil, ce jour-là, exprimait les sentiments les plus purs, les plus beaux et les plus proches des êtres humains. En marchant inlassablement aux rythmes lancinants et pathétiques de la vieille ballade Mon beau cheval noir, en m’interrogeant avec minutie sur toutes mes fautes et en consumant toutes mes peines, je constatais ma chance d’avoir une vie intérieure riche, d’être un homme qui sait distinguer ce qu’il aime et ce qu’il hait, et qu’après tout tel est le vrai bonheur de la vie.

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Les décors vous sont proposés par :
-  Yvan Brodier
-  Pvince
-  Mielamundi

 

8 commentaires

Zhang Chengzhi 20 janvier 2009 1  rép.
ca livre est une pure merveille vraiment a lire une trés belle expérience
Zhang Chengzhi 21 janvier 2009 Black

Ce livre est le genre de roman qui vous tombe entre les mains sans savoir comment, ni pourquoi. Et puis vous vous demandez ce qu’il y a dedans, et vous vous dites que vous visiteriez bien les steppes mongoliennes, vous avez envie d’un bol de lait de jument fermenté. Et au final, vous happez le livre d’un coup, et vous êtes émerveillé par cette belle histoire dans ces lointaines contrées chinoises...

Zhang Chengzhi 7 janvier 2009 Utopie 1  rép.

Je passe par ici mais ce n’est pas le bon chemin. Etonnée de ne pas trouver de chroniques cinéma. Je croyais en avoir vu une, étonnant non ? Je m’invente un monde ... des fois.

Cela devait être en sortant de la cave smiley

Zhang Chengzhi 7 janvier 2009 Black

encore quelqu’un(e) qui a abusé du lait de jument fermenté smiley Hic

Pas de chroniques ciné. Si tu fouilles bien, tu trouveras peut-être l’évocation de 3-4 films par ci, par là, mais guère plus (jusqu’à présent)... Et je crois même dire que pour ma part, ce n’est même pas en projet ; Pas assez de temps, trop peu d’inspiration ou manque d’envie, trop de koumys...

Zhang Chengzhi 20 décembre 2008 Utopie 3  rép.

Mais j’ai un avantage sur vous, j’ai rempli ma gourde de joumys, un lait de jument fermenté et « légèrement » alcoolisé. En attendant, vous reprendrez bien un bol de thé au beurre rance ?

Pfffffffffff ... veux gouter au joumys smiley

Les décors vous sont proposés par :

Et quels décors !!! smiley

Zhang Chengzhi 27 décembre 2008 Black

Le koumys (parfois orthographié koumis, koumiss, kumis ou même krumis), est consommé depuis des siècles par les populations d’origine turque d’Asie centrale, en raison de ses propriétés nutritives et excitantes. L’étymologie du mot koumys semble provenir du nom des Coumans peuple nomade et guerrier dont l’origine remonte à la plus haute antiquité et qui, venant des confins du Tibet et de la Boukharie, s’établit, entre la mer Caspienne et la mer Noire, sur les bords de la rivière Kouma ; [...]

La méthode ancestrale de préparation du koumys, utilisée par les Yakoutes, est décrite par de Lesseps, grand’oncle de Ferdinand de Lesseps, dans le récit de son voyage de 1790 en Sibérie :

"Dans un coin de la yourta est à demeure un baquet de cuir. Chaque jour on y verse du lait de jument qu’on agite avec un bâton pareil à celui qui sert à battre le beurre. Tous ceux qui entrent, les femmes surtout, ne manquent jamais, avant de vaquer à d’autres travaux, de battre ce lait pendant quelques minutes ; de là provient cette boisson aigrelette et cependant agréable qu’on nomme koumouiss. Veut-on la faire davantage fermenter, elle devient un breuvage des plus capiteux".

Chez les Kirghizes et les Baschkirs, le lait frais de jument était versé dans une outre conique, ronde à sa base, faite de peau de cheval non tannée, mais durcie et fumée ; on y introduisait préalablement un peu de vieux koumys desséché (kora), qui joue le rôle de ferment. Un barattage de trois jours, à la température ambiante (20-25°C.) était nécessaire pour obtenir un produit de qualité ; le barattage était parfois remplacé par une pratique moins fatigante : l’outre était promenée à dos de chameau ! [...]

Source : LE KOUMYS, HIER ET AUJOURD’HUI - E. NEUZIL, G. DEVAUX

Zhang Chengzhi 27 décembre 2008 Utopie

Merci pour l’explication !

Zhang Chengzhi 27 décembre 2008 Black

 

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