L’Histoire de Bone

17.01.2009 | Black
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Bone, une bâtarde né en Caroline du Sud.
Bone, une jeune fille prédestinée à flâner sur la terrasse de la maison familiale, à cancaner avec les figures matriarcales, au milieu des champs et de la poussière, au parfum des blés et des tartes aux myrtilles. Pourtant...
Bone, un visage empli de tristesse et de haine.

Elle se souvient et se raconte, Ruth Anne Boatwright. De son enfance et de sa famille se dresse le portrait de la misère rurale de Caroline du Sud, de la violence du moment, et des sombres espoirs d’un monde trop brutal pour une jeune fille. Surtout, elle nous parle de sa maman qu’elle chérissait plus que tout, mais aussi de son beau-père à qui elle éprouve un sentiment farouchement haineux.

Il ne m’a jamais dit : « Ne le dis pas à ta mère. » Il n’a jamais eu besoin de le dire. Je ne savais pas comment parler à quelqu’un de ce que je ressentais, de ce qui m’effrayait, me couvrait de honte et me faisait pourtant rester là, debout, sans bouger, désespérée, pendant qu’il se frottait contre moi et enfouissait le visage dans mon cou. Je ne pouvais pas le dire à maman. Je n’aurais pas su expliquer pourquoi je restais là et le laissais me toucher. Ce n’était pas du sexe, pas comme un homme et une femme qui poussent leur corps nu l’un dans l’autre, mais c’était quand même un peu comme du sexe, quelque chose de puissant et d’effrayant qu’il voulait furieusement et que je ne comprenais pas du tout. [...]

Papa Glen sentait la sueur et le Coca-Cola, ou la lotion après-rasage et les cigarettes, mais surtout une chose sur laquelle je ne pouvais mettre de nom - une chose acide, amère et âcre. La peur. Ça devait être la peur. Mais je n’aurais su dire si c’était la sienne ou la mienne. Je n’aurais rien pu dire. Je savais seulement qu’il devait y avoir quelque chose que je faisais de travers, quelque chose de terrible.

(JPG) Plus qu’un roman autobiographique, Bone, la naissance et l’histoire d’une poussiéreuse bâtarde, apparaît comme un travail de thérapie visant à exorciser son passé douloureux. Coup de poing dans la gueule, uppercut dans l’estomac. Dorothy Allison raconte sa vie dans ce climat familial tendu, livre ses aspirations de petite fille au milieu des siens, nous parle de son enfance, de sa misère et de son désespoir, elle, considérée comme une bâtarde, tout en bas de l’échelle sociale, ne valant pas mieux que la racaille (en dessous d’elle, il n’y a que les négros ; mentalités sudistes des années 50).

Très jeune, elle a déjà la haine. La haine d’être née sans père, la haine d’avoir un beau-père qui la hait et la bat. Dans ce roman, elle se souvient de l’amour pour sa mère mais aussi du désespoir et de la folie destructive d’un tel beau-père. Elle arrivera à survivre, certes, puisqu’elle arrive à nous en parler, mais dans quel état, pour avoir vécu une enfance dans un monde de tabous et d’inceste, de violence et de brutalité gratuite et insoutenable.

De la pitié, je crois qu’elle n’en veut pas, surtout maintenant qu’elle écrit et qu’elle n’est plus la petite bâtarde de Caroline du Sud. Elle s’est échappée de ce monde surtout grâce aux livres, à la littérature et aussi à la musique de Johnny Cash et June Carter qu’elle a secrètement rêvée d’imiter...

(JPG)

« L’homme en noir ». Ma première rencontre date de peu. 2005 - Walk The Line, un film avec Joaquin Phenix (dans le rôle de Johnny Cash) et Reese Witherspoon (dans le rôle de June Carter) retraçant le destin du chanteur country folk rock et l’avènement d’un nouveau style de musique et d’artiste. Magnifique interprétation de Joaquin (comme toujours, comme d’habitude), un Johnny plus vrai que nature. En plus d’un moment inoubliable devant mon petit écran, les images et la musique me restent en mémoire, ce film m’a donné envie de découvrir le VRAI. Depuis, je ne m’en lasse pas. Que cela soit sa série intitulée American I, II, III, IV et V, ses duos avec June Carter et surtout ses Live à Folsom et St Quentin. Faire de la musique pour les prisonniers... Une émotion particulière transparaît dans l’applaudissement de ces « taulards ». Meurtriers, Gardiens et Auditeurs (moi en l’occurrence), tous réunis dans une même enceinte, tous émerveillés, les yeux humides, devant ses louanges et sa guitare. « The Man In Black » rapproche les Hommes. Les cris s’amplifient, la folie s’installe, la mutinerie est proche... Pourtant « The Man In Black » continue son show, oublie l’espace d’un instant l’univers carcéral, oublie l’espace d’un titre qu’en face de lui se pavanent de dangereux criminels au bord de l’émeute... Parce que « The Man In Black » est Amour, « The Man In Black » est Dieu, « The Man In Black » est un échappatoire pour une vie de galère et de misère. Et Bone dans tout ça ?

Elle survit, tant bien que mal. Elle écoute Johnny Cash. Elle découvre le gospel et prépare une fameuse tarte aux noix de pécan [1]

Mes fantasmes sont devenus plus violents et plus compliqués quand papa Glen a continué de me battre avec les deux ou trois ceintures qu’il avait mises de côté pour moi. Bien graissées, aussi lisses et souples que du cartilage sous le gras du poulet, ces ceintures étaient accrochées derrière la porte de son placard [...]

[1] un conseil : hacher finement les noix de pécan pour que le sirop de maïs (tendance plus sudiste que le sirop d’érable) s’infiltre dans les moindres interstices de la tarte. Les connaisseurs y rajouteront une bonne rasade de Bourbon (Bienvenue dans le Kentucky de Jack Daniel’s)...

 
 

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