Paul Auster - Seul dans le Noir

05.04.2009 | Black
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« Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. »

Owen Brik vit dans un monde où le 11 septembre n’a pas eu lieu. Les tours jumelles du World Trade Center se dressent toujours aussi majestueusement et fièrement dans le ciel de New York, la guerre en Irak n’existe pas et George W. Bush est malgré tout président des États-unis d’Amérique. Brik porte le grade de caporal, du moins ce sont les insignes portés sur sa jaquette, et se réveille un matin au fond d’un trou, dans un endroit inconnu, en lieu et place de sa couche auprès de sa femme.

August Brill est un critique littéraire à la retraite, contraint à l’immobilité d’une chaise roulante. Il vit dans le Vermont chez sa fille Miriam, qui ne s’est toujours pas remise d’un divorce vieux de 5 ans. Sa petite-fille Katia est venue les rejoindre, suite au décès traumatisant de son ex-boy-friend parti à Bagdad, une mort atroce sous les caméras de terroristes irakiens. Le jour, August et Katia passent leur temps à visionner de vieux films en noir et blanc, pour voir le temps défiler, pour éviter de penser à leur malheureuse destinée. Souffrant d’insomnies chroniques, August Brill passe ses nuits, seul dans le noir, à se conter des histoires. Il s’invente de petits scénarios, imagine de nouvelles vies, crée des personnages en mêlant fiction et réalité.

Owen Brik, notre jeune caporal, se demande ce qu’il vient faire dans cette histoire. Il ne comprend pas ce qu’on lui demande, ni pourquoi certains états ont fait sécession et que la guerre civile à éclater entre certains États. Il avance dans cette terre devenue inconnue, sans repère, se demandant à qui faire confiance. Il est perdu dans ce nouveau monde dévasté. Il s’interroge sur son existence. Il a beau cherché des solutions, il n’arrive toujours pas à déchiffrer les attentes de gens qu’il croise, et parmi ces derniers il fait même la connaissance de son premier amour de jeunesse, une idylle d’adolescent.

Cette nuit, August Brill n’arrive toujours pas à s’endormir. Il sait que sa fille ne dort pas non plus, fatiguée de l’existence, elle qui ne fait que vivoter à ses côtés. Il entend sa petite fille, elle aussi réveillée, qui a « cessé » de vivre pleinement depuis la mort de son ami. Ces trois générations, meurtries par des blessures irréversibles, se retrouvent ensemble pour s’entraider ; leurs liens se resserrent afin de continuer à survivre, l’amour entre les générations est le seul état rationnel de ce monde-ci pour subsister, continuer à espérer et petit à petit sortir de cet état moribond. August se retourne dans son lit, mais le sommeil ne vient pas. Il ne faut surtout pas qu’il pense à la vie, sous peine de perdre totalement l’envie de dormir, de passer une énième nuit blanche, dans le noir. Alors, il a imaginé une nouvelle vie, l’histoire d’un caporal du nom d’Owen Brik perdu dans un monde parallèle.

Les fictions de Paul Auster sont, pour moi, toujours d’un excellent cru. Bien entendu, j’ai mes préférés, celles que j’ai lues à plusieurs reprises, celles que je sais qu’elles subiront une nouvelle relecture, celles que je garde précautionneusement sur une étagère de ma bibliothèque, à l’abri de la poussière, celles dont je suis tenté de caresser la couverture et de sentir l’odeur du souvenir. Rarement déçu, de temps en temps légèrement désappointé, mais le plus souvent enthousiasmé. Ce dernier Auster ne déroge pas à ma règle : une lecture plaisante, deux histoires qui s’entremêlent et s’entrechoquent dans la cruauté d’un monde actuel et fictif. Aucune raison, en somme, de le bouder. J’ai même subitement l’envie de visionner moi-même quelques vieux films de Yasujiro Ozu... J’en redemande toujours et encore, jamais rassasié d’une lecture du plus francophone des écrivains américains. J’ai même poussé le vice à lire les romans de son épouse, et à écouter la musique de sa fille. Il y a quand même pire comme vice... à moins que ce genre de comportement s’appelle obsession.

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