Bayou Country

24.04.2009 | Black
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Aujourd’hui, j’ai décidé de revenir sur place. Il m’a fallu trois années pour en être capable.
Autant l’avouer : j’accomplis ce voyage autant pour constater ce que la ville est devenue, si ses blessures cicatrisent aussi lentement qu’on le prétend, que pour me confronter à mes souvenirs, s’ils ont été emportés par le vent ? Et comment retrouver ses traces, si elles ont été balayées par la pluie ?
Peut-être comprendra-t-on difficilement les motifs qui me guident. Il y a une inélégance évidente à mesurer les deuils intimes à la catastrophe générale. Une certaine indélicatesse à courir après ses propres fantômes, là où se déplacent les ombres des milliers qui ont disparu dans le grand chaos. Mais c’est ainsi. J’assume cet égoïsme. Je crois néanmoins que le réel me ramènera à la raison. Je le redoute et l’espère.
L’avion s’approche lentement, dans un ciel parfait. Il survole le golfe, les bayous indistincts, la côte...

« Te souviens-tu de la Nouvelle Orléans »
Philippe Besson

Il y a eu d’abord un premier voyage en Louisiane, un séjour en amoureux, lune de miel avant l’heure où l’on trouve l’endroit magique. La beauté du bayou, ses eaux plates et lentes entre une végétation florissante, la chaleur moite et étouffante... La visite touristique de la Nouvelle Orléans, la découverte du quartier « français », la musique du Big Band et son jazz négroïde... Retour en France, et rupture inévitable. Le couple n’existe plus, mais les images du bayou restent gravées dans la mémoire commune. Et puis un jour, un ouragan vient dévaster la région. L’Amérique découvre ses pauvres et le narrateur replonge dans ses souvenirs. New York a eu son 11 septembre, la Nouvelle Orléans aura son Katrina. Les dégâts sont inchiffrables, le traumatisme encore plus grand. Les miséreux et laissés pour compte sont là pour témoigner du drame. Il y a ceux qui ont tout perdu et ceux qui n’ont plus rien. Où est la différence tant la misère devient grande, le désespoir encore plus. Des années après, le narrateur veut y retourner pour voir la reconstruction, pour comprendre et pour se remémorer ses propres souvenirs. Il est là-bas avant tout pour se reconstruire.

De cette nouvelle de Philippe Besson, mon esprit se perd avec bonheur dans la brume du bayou. Je découvre des soldats confédérés, morts des années de ça. Je discute avec le fantôme d’un général amputé. Le soleil se couche baignant de sa lumière teintée d’orange des marécages verdoyants et infectés de moustiques et de crocodiles. Je, c’est Tommy Lee Jones, flic aux tendances alcooliques, qui enquête sur le meurtre d’un serial-killer, en même temps du lynchage d’un nègre soixante ans plus tôt, dont Katrina vient de faire ressurgir ses ossements dans les marais. A la caméra, Bertrand Tavernier qui se sera battu contre les « méchants producteurs américains » pour tenter de faire son film, sur une histoire de James Lee Burke, Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Les images sont magnifiques, la Louisiane est belle, le bayou chaud et humide. Le soleil illumine la région, Dave Robicheaux est alcoolique, ce qui lui confère un visage sympathique, contrairement à l’image que peut véhiculer un Tommy Lee Jones supérieur. Un bon film, je ne boude pas mon plaisir ; mais en tant que spectateur, j’avais un avantage : je n’avais jamais lu avant de Dave Robicheaux. Et cela aide ! J’imagine volontiers que les lecteurs fans et assidus de ce héros littéraire ne peuvent qu’être déçus par son adaptation sur grand écran. Forcément les raccourcis coupent courts, on ne sait pratiquement rien du héros, de ses obsessions et de son passé, simplement un alcoolique discutant avec les fantômes de la Guerre de Sécession. Mais que la Louisiane filmée ainsi est belle et idyllique ; un paradis pour de futures vacances ?... Pas le plus grand film de Tavernier, pas l’excellent thriller de l’année à procurer sueurs froides et grosses suées moites mais, ce film fut pour moi le cadre d’une promesse, d’une longue attente : celle d’un jour lire au moins une histoire de Dave Robicheaux ou de James Lee Burke pour pénétrer au plus profond du bayou de la Louisiane.

(JPG)

La chanson n’appartient pas au patrimoine bayou, mais le groupe si. La Louisiane est le berceau du jazz, mais à côté de la Nouvelle Orléans, il y a le bayou, terre d’un rock des marais. Les eaux du Mississipi montent lentement, puis redescendent telle une longe et lente marée.

houoo houooo

Un vieil album de 1970. « Cosmo’s Factory » by C.C.R. Mythique... Légendaire... Je ne saurai pas dire ce que cette musique a de spécial. Je n’ai pas les mots pour définir ce que je ressens, à part que ce blues prend sa source dans les confins du bayou. Cela fait bien une dizaine d’années que je l’écoute, 10 années où la magie opère, 10 ans qu’elle est mon élixir de bien-être, source d’une jeunesse éternelle dévouée au rock’n’roll. J’oublie tout et je m’évade. Le propre de toute musique. Pourtant, Creedance Clearwater Revival ne peut être considéré comme l’incarnation d’une œuvre intemporelle. John Foggerty tente son come-back en solo, mais moi je préfère replonger dans l’ambiance « revival » de ces marécages.

I heard it through the grapevine, not much longer would you be mine.
Oo, I heard it through the grapevine, and I’m just about to lose my mind.
Honey, honey yeah.

Et une chanson en particulier de l’album : « I heard it through the grapevine ». Elle est ma drogue. Dure. Je ne peux l’écouter une fois. Dès que je replonge, elle se prolonge en boucle dans mes écouteurs, puis dans ma tête. Son air m’obsède, me pénètre et prend le contrôle sur moi, sur ma volonté. Je me retrouve transformé et ressourcé. Effet garanti. Libéré, je me retrouve en nage, la sueur dégoulinant de mes aisselles, la chaleur du bayou m’étouffant. Je n’en peux plus mais mon esprit est délivré, il s’est vidé de toute pensée. MU. Plus de problème, plus de joie ni de peine. Seulement ces coups de cymbales affolées et affolantes qui à chaque tintement m’arrachent deux neurones ou trois... Je ne vois plus rien, ni le monde extérieur, ni moi-même. Je n’existe plus, seule cette musique défile dans ma tête, sauvagement, furieusement, toujours en boucle. Accroc et défoncé à ce titre... Marvin Gaye la fredonne somptueusement, sensuellement, un grand moment pour un plan drague avec une nana, assorti d’un plan passage à la casserole (sacré Marvin), mais C.C.R. m’apporte plus. Du fond de leur bayou, j’y croise le MU oriental, et tout défile... Le bayou devient mon Nirvana.

Yeah.

 
 

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