Haruki Murakami - Kafka... sur le rivage

29.03.2006 | Mis à jour le 17.05.2007 | Black
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Un jeune garçon de 15 ans, qui se fait appeler Kafka Tamura, qui a vu, à l’âge de 4 ans, sa mère abandonner le foyer avec sa soeur, décide de s’enfuir de chez lui pour échapper à la terrible malédiction de son père :

« - Un jour, tu tueras ton père de tes mains, et tu coucheras avec ta mère. C’est ce que t’as dit ton père ?

Je hoche la tête à plusieurs reprises.

-  C’est exactement la prophétie qui a été faite à Œdipe. Tu le sais, j’imagine ?

Je hoche la tête.

-  Mais ce n’est pas tout. Il y a un bonus. J’ai une sœur de six ans mon ainée que je ne connais pas, et mon père a dit que je coucherai avec elle aussi.

-  Ton père t’as dit ces mots en face ?

-  Oui. Mais à l’époque je n’étais encore qu’un enfant. [...] Mon père m’a dit que j’aurai beau faire, je ne pourrai échapper à mon destin. Cette prophétie est comme un mécanisme à retardement enfoui dans mes gènes et, quoi que je fasse, elle se réalisera à coup sûr. Un jour, je tuerai mon père de mes mains, et je coucherai avec ma mère et ma sœur. »

(JPG)

Un vieillard, prénommé Nakata, sans famille et pour seule ressource la pension de Monsieur le Préfet, ne se dit pas très intelligent et de ce fait n’est jamais sorti de l’arrondissement de Nakano. Pourtant, il est capable de soutenir des conversations avec les chats...

« Cependant, cette vie ne rendait pas Nakata malheureux, il ne se sentait pas particulièrement seul. Il n’éprouvait jamais de désir sexuel, ni même simplement l’envie d’avoir quelqu’un près de lui. Nakata savait bien qu’il était différent. Il avait remarqué (même si personne d’autre ne s’en était rendu compte) que son ombre sur le sol était plus légère et plus pâle que celle des autres. Les seuls êtres qui le comprenaient vraiment étaient les chats. Il passait ses journées de congé assis sur un banc à bavarder avec eux. Avec les chats, étrangement, il n’était jamais à cours de sujets de conversation. »

Un roman initiatique où les deux “héros” vont avancer, progresser dans la recherche d’un but, d’un sens à leur vie respective, au rythme de rencontres fortuites, parfois humaines, parfois excentriques.

(GIF) Un maître habillé en costume noir, haut de forme et canne majestueuse, à l’image d’un Johnny Walker qui a pour but dans sa vie de récupérer l’âme des chats pour pouvoir fabriquer des flûtes ?!?! Explication : « Ce n’est pas simplement par plaisir que je tue les chats. Je ne suis pas malade au point de trouver du plaisir à en tuer autant. Ou plutôt, je n’ai pas le temps de faire ça. Parce que c’est assez compliqué de rassembler autant de chats et de les tuer. Non, si je les tue, c’est pour réunir leurs âmes, avec lesquelles je fabrique une flûte d’un genre particulier. Quand je soufflerai dans cette flûte, cela me permettra de réunir des âmes plus grandes. Et je fabriquerai une flûte plus grande. Et quand je soufflerai dans cette flûte, je rassemblerai des âmes encore plus grandes et fabriquerai une autre flûte plus grande encore. A force, je devrais arriver à fabriquer une flûte de la taille de l’univers. Mais je dois commencer par les chats. C’est le point de départ. Il faut être méthodique en toute chose. C’est essentiel. Suivre le processus est une façon de respecter l’ordre des choses. C’est comme ça qu’il faut traiter les âmes. Il ne s’agit pas d’ananas ou de melons. »

(JPG)

Un colonel Sanders, cheveux gris, barbichette grise, sorti tout droit des fast-food de Kentucky Fried Chicken, qui ne se définit pas comme un Homme ni comme un Dieu ou un Bouddha mais se considère plutôt comme un concept.

[... ...]

Extrait du journal :

« Le 29 aux alentours de 18 heures, les habitants du bloc ** de l’arrondissement de Nakano ont eu la surprise de voir quelques deux milles sardines et maquereaux tomber du ciel. Deux ménagères qui faisaient leurs courses dans le quartier ont été légèrement blessées au visage par la chute des poissons, mais aucun blessé grave n’est à déplorer. Le ciel était dégagé à l’heure de l’incident, il n’y avait ni nuages, ni vent. La plupart des poissons, vivants lors de leur chute, étaient encore agités de soubresauts sur la chaussée. »

Vous l’aurez compris, les situations cocasses ne manquent pas et nous embarquent vers un autre monde. Mais elles sont toujours signes de sentiments humains, parfois tristes, parfois cruels, parfois humoristiques mais toujours émouvants.

Haruki Murakami plonge le lecteur, avec ce roman, dans l’univers des rêves, long poème onirique où il navigue entre le rêve et la réalité, flotte à la frontière, pas toujours visible, de ces deux mondes. Le lecteur ne sait jamais s’il se trouve sur les rives de la réalité ou sur les dérives des limbes.

Pour les lecteurs assidus d’Haruki Murakami, ceux qui ont déjà apprécié « la course au mouton sauvage », « la fin des temps » ou les « chroniques de l’oiseau à ressort », ils devraient plonger dans les richesses de ce rêve avec délectation. Pour ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur, poète, conteur, philosophe, il s’agit là d’une belle occasion pour combler ce manque tant l’imagination de Haruki Murakami nous transporte vers d’autres mondes inexplorés, entre rêve et réalité.

« J’entends de petites vagues se briser sur le rivage. Elles s’élèvent, retombent, se brisent. S’élèvent, retombent, se brisent. Et ma conscience est aspirée à l’intérieur d’un corridor sombre. »


D’autres articles sur Haruki Murakami :

-  Chroniques de l’oiseau à ressort


 

4 commentaires

Haruki Murakami - Kafka... 27 octobre 2007 grain de sel 1  rép.
on a quand même l’impression que ce roman part dans tous les sens, embarque des personnages bizarres comme le bibliothécaire hermaphrodite ou l’institutrice qui est abandonnée en cours de route. Finalement y a t-il une clé pour comprendre l’histoire du début, l’endormissement collectif des jeunes enfants ?

-----> un roman-charrette ?

Haruki Murakami - Kafka... 29 octobre 2007 Black

C’est justement ce qui me fascine dans ce Murakami.

Le roman foisonne d’anecdotes, de personnages cocasses et drôles, toujours plus énigmatiques. Un voyage onirique nous est proposé à travers les pages mais où se trouve la réalité smiley

Haruki Murakami - Kafka... 19 septembre 2007 1  rép.
très joli commentaire !! smiley
Haruki Murakami - Kafka... 19 septembre 2007 Black

Y’a pas de quoi !! smiley

Mais ce roman est tellement extra-ordinaire... Une merveilleuse rencontre poètique où j’ai pris tant de plaisir à naviguer entre les rêves et réalités de ces Kafka, Nakata & Cie...

Une superbe fable onirique qui m’a téléporté dans un autre monde...

 

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