Luis Sepúlveda - Le Neveu... d’Amérique

16.06.2006 | Mis à jour le 17.03.2009 | Black
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Désireux de retrouver l’Andalousie de son grand-père, Luis Sepúlveda se propose de faire un long voyage. Mais avant de parvenir au terme de son périple, Luis va parcourir l’Amérique Latine, traverser des rivières, survoler des montagnes, franchir des frontières. Et, j’ai la chance de partager ce long parcours aux travers des extraits de ses carnets de notes, retrouvés, rassemblés quelques années plus tard.

Des rencontres chaleureuses, des paysages somptueux, du bonheur mais aussi des dictatures, des prisons et des militaires, de la tristesse...

Je ne peux résister à la tentation de vous présenter quelques extraits tirés au hasard de ses notes...

Dans chaque ville où je m’arrêtais je rendais visite à de vieilles connaissances ou tentais de me faire de nouveaux amis. A quelques exceptions près, la plupart me laissèrent un sentiment amer et uniforme : les gens vivaient dans la peur et en fonction de la peur. Ils en avaient fait un labyrinthe sans issue ; [...] La nuit, ils ne rêvaient pas de jours meilleurs ou du passé, mais se précipitaient dans les marécages d’une peur obscure et épaisse, une peur passive qui au lever du jour les arrachait du lit les yeux cernés et encore plus effrayés.

[...]

En d’autres temps c’était facile d’arriver au pays du bonheur. Il ne figurait sur aucune carte, mais tout le monde savait y aller. Il y avait des licornes et des forêts de marijuana. C’est notre frontière perdue.

L’Amérique Latine m’apparaît sous un nouveau jour, toujours complexe mais souvent belle et parfois aussi meurtrie. Lui Sepúlveda réussit à me faire découvrir les richesses de son pays, de son continent, ses beautés en même temps que ses excès, ses problèmes politiques et ses préoccupations écologiques.

Puerto Bolívar est au bord du pacifique, tout près de Machala, au sud de Guayaquil. La mer est présente dans la brise qui parvient par moments à dissiper les bouffées d’air humide et chaud provenant de l’intérieur des terres. On peut voir et entendre la mer, mais on ne la sent pas. A Puerto Bolívar on embarque les bananes équatoriales pour le monde entier. A cinq kilomètres de la jetée s’ouvre un trou vaste comme un stade de football et d’une profondeur inconnue. C’est là que finissent les tonnes de bananes impropres à l’exportation, soit qu’elles ont mûri trop tôt, soit qu’elles présentent des taches suspectes de parasites ou encore que le propriétaire de la plantation, ou le transporteur, a refusé de payer l’impôt prélevé par les mafias du secteur.

Le lieu se nomme La Olla [1] et il est en ébullition permanente. Les milliers de tonnes de fruits en décomposition forment une pâte épaisse, nauséabonde et troublée de bulles. Tout ce qui ne sert plus finit à La Olla et ce monstrueux ragoût ne se nourrit pas seulement de matière végétale, mais aussi des adversaires des caciques politiques qui y pourrissent avec plusieurs grammes de plomb dans le corps ou mutilés à coups de machette. La Olla mijote sans trêve. Sa puanteur est telle qu’elle repousse l’odeur de la mer et que même les charognards ne s’en approchent pas.

Dix ans après avoir découvert « Le vieux qui lisait des romans d’amour », j’ai pris beaucoup de plaisir à voyager simplement, tel un globe-trotter, à travers l’Amérique Latine en compagnie de Luis Sepúlveda, du Chili en Équateur en passant par l’Amazonie, de la Colombie au Pérou, de l’Argentine en Patagonie...

Río Mayo est une petite ville de la Patagonie argentine, balayée jour et nuit par un vent violent qui arrive de l’Atlantique en soulevant dans la pampa des tonnes de poussière, des arbustes de calafate et des touffes de coirón. Les tourbillons de poussière sont tels que d’un trottoir à l’autre on ne se voit pas.

En 1977, durant la dictature militaire argentine, un colonel du régiment des Fusiliers du Chubut eut une idée géniale - génie militaire, il va de soi - pour empêcher d’éventuelles manifestations de conspirateurs. A chaque carrefour, il fit accrocher aux poteaux de l’éclairage des haut-parleurs qui bombardaient la ville de musique militaire - qu’on me pardonne de l’appeler musique - de sept heures du matin à sept heures du soir. Lorsque l’Argentine réintégra la communauté internationale, malgré une démocratie sous haute surveillance, les nouvelles autorités ne voulurent pas retirer les haut-parleurs pour éviter de contrarier les militaires, si bien que la population de Río Mayo continua d’endurer douze heures quotidiennes de bombardements de décibels. Depuis 1977, les oiseaux de Patagonie évitent de survoler la ville et la plupart des habitants souffrent de problèmes auditifs.

A la découverte d’un continent, d’un peuple amérindien, d’une culture sud-américaine...

Visa et Passeport obligatoires !

Je pouvais revenir au Chili, mais je restais en Europe. Ils pouvaient revenir à Buenos Aires mais ils restaient en Patagonie. Cette conversation avec mes amis me confirma une fois de plus qu’on est de là où l’on se sent le mieux.


Visas Et Passeport pour Embarquement Immédiat, porte Luis Sepúlveda :
-  Journal D’Un Tueur Sentimental
-  Le Monde Du Bout Du Monde
-  Le Neveu D’Amérique
-  Un Nom De Torero

[1] La marmite

 

2 commentaires

Luis Sepúlveda - Le Neveu... 9 février 2008 MC2 1  rép.

Bonjour,

Je voudrais savoir si vous connaissez une adresse e-mail où je pourrais écrire à Luis Sepulveda. Je veux juste le remercier pour tout le plaisir qu’il me donne à le lire et pour avoir été le "premier chapitre" d’une histoire d’amour. Merci. MC2

Luis Sepúlveda - Le Neveu... 26 mars 2010 Yo.

Bonjour, Luis Sepulveda est au salon du livre cette année à Paris, il dédicace son dernier livre mardi et mercredi prochains. à bientôt. Yo !

-----> Mieux qu’une adresse mèl !

 

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