De Alexandre Ikonnikov à David Gates

26.06.2006 | Mis à jour le 22.06.2008 | blue
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Habituellement, même s’il faut travailler, c’est facile. C’est facile parce que l’enthousiasme pour un livre, qu’on ne souhaite rien moins que communiquer, est bien là.

Cette fois, tout est plus compliqué. Voici le tableau. Deux livres, rangés sur le même rayonnage de bibliothèque ; édités tous deux aux "Editions de l’Olivier", ils possèdent le même dessin sur la tranche, les racines et les branchages d’un olivier (supposition très personnelle) entremélées. Bref, ils présentaient bien, ainsi disposés côte à côte.

Reste que j’avais un peu oublié le premier, poussé par d’autres envies ou nouveautés.

Et que j’avais abandonné il y a plus d’un an le second, rebuté alors par l’entâme et un style qui m’effrayait.

« Dernières Nouvelles du Bourbier » de Alexandre Ikonnikov. Curieusement, la première évocation du titre fut la guerre. Celle de Tchétchénie sans doute, étant données les origines de l’auteur. C’était beaucoup plus simple en définitive. Car au fil de cette trentaine de nouvelles, chacune ne dépassant pas trois pages, le bourbier s’est dessiné. De scénettes coquasses en portraits graves, les situations édifiantes qu’on croirait sorties des meilleurs faits divers s’enchaînent. Autant d’instantanés d’une campagne soviétique au bord du goufre, qui dressent un tableau consternant tragico-comique, d’une société abandonnée et chaotique. Le tableau serait incomplet sans son fil conducteur : l’alcool : vodka, ou tout autre ersatz à même de provoquer l’ivresse. Que dis-je ? La beuverie...tout, pourvu qu’on s’échappe, collectivement. Voire même qu’on échappe aussi à la gueule de bois. Boire pour oublier la gueule de bois, c’est encore plus fort !

(JPG) Au premier degré, on peut finalement sourire de tout celà, en se disant que c’est loin, que c’est même du passé, que tout celà est sans doute tout simplement sorti de l’imagination de l’auteur. Puis en y pensant un peu plus, je reste atterré par cette vision finale, consternante, d’une société voulue organisée, au final en pleine déconfiture. Je me demande si c’est du fait de l’organisation elle-même, ou si le mal est finalement plus culturel. Je ne peux en tous cas pas m’empêcher de faire des parallèles avec toutes sortes d’organisations collectives, auxquelles on est parfois confrontées, et qui par leurs dysfonctionnements s’embourbent, se bloquent, et nient l’évolution individuelle.

Je change de point de vue et quitte maintenant l’URSS d’hier pour l’Amérique d’aujourd’hui. Tout en restant dans le même genre littéraire, je reprends depuis le début la lecture de « Merveilles du Monde Invisible » de David Gates. Avec difficultés encore une fois. Tant la plongée dans l’univers de ses personnages est rapide, profonde, presque suffocante. On pénètre brutalement leur intimité. Ils livrent leurs pensées, leur histoire personnelle, et leurs désillusions. Un thème déjà vu dans la littérature américaine contemporaine, cette perte des rêves, et l’amertume qui en résulte. Aussi brutale est la sortie, nous laissant juste sur l’idée de ce qu’ils vont entreprendre. On les abandonne sans plus les connaître, mais en les connaissant peut être déjà trop.

La force de ce livre réside dans la précision des tableaux livrés. Alors que les protagonistes sont justement confrontés à la réalité d’une vie qui leur a un peu échappé, où la solitude s’impose à eux. Face à un bilan de leur vie, face à un choix. Et puis, comme ces gens sont normaux, un peu intellos, un peu tourmentés, ils font un choix normal, que tout le monde ne fait pourtant pas : celui de continuer leur route.

(JPG)

D’autres chroniques d’Alexandre Ikonnikov :

-  Lizka et ses hommes

 

1 commentaire

De Alexandre Ikonnikov à Moscou 28 juin 2006 Black

Découvrir la Russie contemporaine, voilà un beau programme que tu nous proposes. Boire de la bonne Vodka en compagnie de Alexandre Ikonnikov pour apporter de la chaleur humaine à ce grand pays : je pense que je m’y laisserai tenter, un jour...

...un jour où j’aurai envie de prendre mon sac et partir à l’aventure vers ces lointaines contrées slaves...

Et puis, à titre d’informations, j’ai vu que depuis ces Dernières nouvelles du bourbier, un nouveau roman est sorti : Lizka et ses hommes.

 

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