Virgin Suicides

03.07.2006 | Mis à jour le 30.05.2008 | Black
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Pas d’actualité, pas de nouveauté, juste un besoin, une envie de parler de ces vierges suicidées. Une de mes premières chroniques me laisse insatisfait. Elle me parait fade, sans âme, sans personnalité. “Paraître” n’est certainement pas le mot que je devrais employer, “être” serait plus juste. Si cela ne tenait qu’à moi, elle aurait fini depuis longtemps à la poubelle. Donc je re-tente le coups : écrire quelques mots sur les filles Lisbon, leur destinée tragique.

« Le triptyque des vierges suicidées. »

Pourquoi un triptyque ?
-  un roman
-  un film
-  un disque.

Tout simplement, à voir, à lire, à écouter. Dans l’ordre ou le désordre, peu importe, l’émotion est présente pour ces 3 moments.

Virgin Suicides de Sofia Coppola

(JPG)

Certains trouveront que Sofia Coppola a réalisé un film sans grand intérêt pour adolescents. Alors, peut-être suis-je un ado attardé ? Le film ne peut pas être considéré comme un chef d’œuvre. Alors pourquoi l’ai-je tant aimé ? Pourquoi est-ce que je le considère comme un de mes films préférés voir cultes ?

Certes, c’est un film d’ados, peut-être même fait pour les ados. Mais pour une fois, pas de niaiseries imbéciles, pas de sexe ou de cuites innombrables sur la plage. Pour ma part, je considère ce film, avant tout, comme un film « intelligent » sur l’adolescence, ses difficultés, ses peines, une initiation progressive vers un monde d’adulte.

Sur un thème similaire, la difficulté à franchir le pas vers ce monde adulte, je ne peux m’empêcher de citer deux autres films qui m’ont principalement marqués au cours de ces dernières années :
-  Fucking Åmål de Lukas Moodysson
-  Ghost World de Terry Zwigoff.

Pour revenir au film de Sofia Coppola, d’un esthétisme parfait, il s’agit d’un film touchant, émouvant, qui va direct au cœur. Des sentiments humains illuminent ou attristent ce décor parfait, d’une famille parfaite, dans une banlieue américaine parfaite. Sans compter l’interprétation magnifique de James Wood en père moral et la beauté des 5 sœurs complices et solidaires jusqu’au bout.

Un grand plus qui participe aussi au charme de ce film : la bande son... Des tubes oubliés des années 70 avec un thème lancinant, planant, virevoltant composé par Air...

Sofia Coppola, une réalisatrice de cœur qui fait des films touchant à chaque fois le plus profond de mon cœur et de mon esprit (« Lost In Translation » qui s’adresse peut-être à un public un peu plus âgé m’a également beaucoup ému, mais c’est un autre sujet dont j’éviterai de déborder...).

The Virgin Suicides de Air

(JPG)

Je m’imagine être un petit oiseau et voler toutes plumes dehors. Être libre, avoir le choix de partir où je veux, d’aller où l’envie s’en fait sentir. Une liberté que je prends de bonne grâce, pour un bonheur planant. Voilà ma vision de la vie, voilà la vision de ces 5 sublimes filles Lisbon. Avoir la chance de pouvoir acquérir un peu de liberté, de pouvoir vivre en harmonie avec leur monde actuel. Un bonheur indéfinissable, si simple, si nature...

Kaï, Kaï, Kaï... fait le petit oiseau perché au sommet du châtaigner (ou du chêne) malade. Il attend, il observe, il recherche un signe de vie, un signe de bonheur dans cette maison Lisbon de plus en plus recluse sur elle-même. De temps en temps, quelques notes de rock arrivent à s’échapper, mais elles s’évanouissent aussitôt dans la nature. L’atmosphère devient lourde, pesante, trop suffocante pour ce petit être fragile, pour ces petites filles fragiles. Le petit oiseau s’envole dans les Airs et plane sur ces dernières notes de Air. Il s’élève, s’élève... Jusqu’où peut-il aller ? Y’a-t-il un monde sur lequel il puisse se reposer en parfaite harmonie ?

Dans les Airs, le petit oiseau est heureux. Il se sent libre. Libre de planer en compagnie de l’âme des filles Lisbon, libre de toucher un peu du bonheur perdu de ces jolies filles, perdues elles-aussi.

Mais la fin du vol peut s’avérer difficile, voir dramatique...

Les Vierges Suicidées de Jeffrey Eugenides

(JPG)

« Le matin où ce fut au tour de la dernière des filles Lisbon de se suicider - c’était Mary cette fois-là, et les somnifères comme Thérèse -, les deux infirmiers arrivèrent à la maison en sachant exactement où étaient le tiroir des couteaux, et le four à gaz, et la poutre dans la cave où on pouvait attacher une corde. Ils sortirent du véhicule du Samu comme d’habitude beaucoup trop lentement, selon nous, et le gros murmura : « On n’est pas à la télé, nous on va pas plus vite que ça. » [...]

Cécilia, la plus jeune, treize ans seulement, avait été la première. Elle s’était ouvert les poignets dans son bain comme un stoïcien, et quand ils la trouvèrent flotter dans sa mare rose, les yeux jaunes comme une possédée et son petit corps exhalant l’odeur d’une femme mûre, les infirmiers furent tellement effrayés par sa tranquillité qu’ils restèrent hypnotisés. [...] »

Quelques 20 ans après, des adolescents (de l’époque) tentent de tenter de comprendre ces 5 filles Lisbon pour lesquelles ils étaient éperdument amoureux. Quel mystère se cachait derrière cette maison abritant ces 5 beautés. Imagination, espionnage du haut de leur cabane, tout était entrepris pour approcher ces filles... Des bribes de souvenirs en investigations postérieures, pièces à convictions, rapports de médecins, ils tentent de reconstituer le puzzle de cette tragique soirée.

Un premier roman pour Jeffrey Eugenides, une réelle réussite : la lecture est aisée, rapide, l’histoire prenante, surprenante. C’est triste, c’est beau, c’est cruel mais aussi magique. Je me surprends moi aussi à épier les filles Lisbon, à tenter de deviner leurs pensées, à me mettre à leurs places pour... comprendre leur mal-être, leur vision de la vie...

(JPG)

Le tout sur un fond musical pop rock des années 70 (Ten CC, Todd Rundgren, Heart, ... :

que des groupes dont on ignore le nom mais dont les tubes sont familiers de tous et rappellent la nostalgie de cette époque, sans compter la « french & magic touch » de Air).

L’interaction entre le film et le livre est telle que lorsque je parcours la lecture de ce roman, cette musique trotte, en même temps, dans ma tête, et vient se glisser entre les lignes de chaque paragraphe.

Hé, as-tu jamais essayé
Vraiment de passer de l’autre côté ?
Peut-être je me fais des idées,
Mais écoute ça, bébé :

Les rêves sont pour ceux qui dorment La vie est pour toi et moi Et si tu demandes à quoi cette chanson rime Je veux le faire avec toi.

Sur un Air de rencontre entre Sofia Coppola et Jeffrey Eugenides

De l’émotion intense à chaque étape de ce triptyque consacré aux sœurs Lisbon...

Mon cœur reste en émoi à chaque visionnage du film de Sofia Coppola. Mon cœur plane dans les souvenirs et l’âme de ces filles à chaque écoute de Air ou de la bande originale du film. Mon cœur s’attriste à la lecture de chaque chapître du roman de Jeffrey Eugenides.

Ces 5 filles Lisbon, à force de les espionner, de les surveiller, j’ai l’impression de les connaître mieux, d’en apprendre plus chaque fois sur leur vie, mais je ne les comprends toujours pas...

Peut-être à la prochaine écoute, au prochain visionnage ou à la prochaine lecture...

 

4 commentaires

Virgin Suicides 30 octobre 2007 loulou 1  rép.
N’y a t-il pas un lien où l’on pourrait voir ce film smiley

-----> virgin suicides

Virgin Suicides 2 novembre 2007 Black

Le meilleur lien est celui de ton vendeur préféré (si t’en as un) ou de la grande surface la plus proche...

Prix maxi 9,99 € (et je parie moins cher sur internet) : à ce prix-là tu peux profiter de la V.O. + V.F + pleins d’autres langues... Donc pourquoi s’en priver et perdre ton temps (et ton électricité) à chercher des liens ?

Sinon, encore moins cher, le roman de Jeffrey Eugenides... Tu y trouveras autant de plaisir à lire cette histoire qu’à la visionner sur ton petit écran (parce que je suppose que si tu ne veux pas acheter le DVD, tu ne dois pas pouvoir te payer un grand ecran 16/9). En plus tu auras le loisir d’imaginer la belle Kirsten Dunst encore plus belle... Qui dit mieux !

Bonne Lecture (les souvenirs n’en seront que plus forts) smiley smiley

Virgin Suicides 5 octobre 2007 Alexia
J’ad0re ton article sur ce film, ta vision sur ce film est tellement proche de la mienne ! Surtout quand tu parle au début " film sans grand interêt pour les adolescents " je trouve que ce sont souvent les paroles rapportés sur la vision que les gens peuvent avoir de ce film ! Je dois faire un exposé pour mon option de cinéma et ton article vient de beaucoup m’inspirer ... J’aimerais bien en parler avec toi, parler avec quelqu’un qui aime ce film car beaucoup de mon entourage ne l’ont pas apprécier ce que j’ai du mal à comprendre mais bon ! Je laisse donc mon adress mail ! Au plaisir futur de parler avec toi, bisous
Virgin Suicides 3 juillet 2006 blue
Je ne connaissais qu’un des tableaux, celui de Air. A la lumière de tes mots, j’entrevois la richesse de la scène. Un très bel article, qui me donne envie d’aller plus loin.
 

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