Sôseki Choses dont je me souviens

05.07.2006 | Mis à jour le 30.05.2008 | blue
5796 visiteurs  -  1 commentaire

Simplicité et sobriété furent les premiers mots qui me vinrent à l’esprit lorsque je reposai ce livre.

J’ai déjà eu ce ressenti à la lecture d’auteurs japonais. Immédiatement, je pense à Akira Yoshimura. Je retrouvai ici cette simplicité d’écriture au service de la relation de moments où le fil qui retient encore la vie est ténu.

Sôseki se souvient. Affaibli à l’extrème, il trouve pourtant les ressources pour écrire, tenir un journal, écrire des haïkus. L’écriture est sa raison d’être.

Sôseki se souvient. Terrassé par une hémoragie, il voit le monde s’agiter autour de lui. Pourtant, il est serein : a-t-il seulement conscience de la précarité de sa situation ?

La maladie lui procure un état de conscience de la vie exacerbée. L’emprise du quotidien s’est totalement relâchée. Il peut s’éveiller à ce qui l’entoure et un bonheur véritable peut naître. Il l’exprime par la musique des mots dans une poësie dépouillée.

Chrysanthèmes luisant de pluie
La maladie me laisse tout loisir
De les contempler

Le chrysanthème à la fenêtre
Est sans couleur encore
Mais voici l’aurore

Les chapitres sont des instantanés, comme des souvenirs dispersés qui rejailliraient plus ou moins dans l’ordre de leur survenance. Sôseki se souvient d’un instant, d’une émotion, d’une visite, ou encore d’une lecture.

Alité je fais un rêve
Est-ce un torrent
Qui coule du ciel ?

J’ai été touché par son récit. Je pense à cette maladie qui finit par le terrasser quelques années plus tard. Je pense surtout à cette leçon de bon sens qu’on oublie tous à un moment ou à un autre. Une leçon d’humanité, qui nous dicte qu’il faut rester sensible à ce qui nous entoure. Aussi naturellement qu’un enfant, qui s’émerveille devant un grain de poussière dansant dans la lumière.

La maladie est une épreuve difficile à surmonter dans une vie. Elle fait naître des peurs. Elle réveille des sentiments d’injustice : pourquoi moi ? Surtout, elle nous impose, souvent brutalement, une vérité, celle de la vie, celle de sa fragilité.

Je pense à la dernière fois où j’ai empli mes poumons d’une interminable bouffée d’air, les battements de mon coeur résonnant dans mes tempes, la gorge comme brûlante.

« "...En fin de compte, à supposer qu’on ait réussi à composer un haïku ou un poème de qualité, la joie qu’en retire l’intéressé se résume à recevoir quelques remarques favorables de personnes aux goûts semblables, réputation flatteuse qui, une fois retranchée, ne laisse subsister qu’angoisse et souffrance. Cependant, quand on est malade, la situation se modifie grandement. Contraint au repos, on a l’impression qu’on s’est éloigné d’un pas des réalités. Les autres également font preuve d’indulgence à votre égard, puisqu’eux aussi vous considèrent comme retiré de la vie réelle. Le malade sent naître une sorte d’apaisement à l’idée qu’il lui est permis de ne pas travailler à part entière, de l’autre côté on se montre pareillement réservé, pris de compassion pour celui à qui l’on ne saurait décemment imposer une activité normale. Alors, ce qui était irréalisable quand on jouissait d’une bonne santé, ne fût-ce qu’à l’état de souhait, devient possible, un printemps serein se met à éclore. C’est cette paix intérieure qui est mon haïku, qui est mon poème. Affranchis de la question de leur qualité littéraire, ils ont à mes yeux une valeur inestimable, puisqu’ils sont pour moi le souvenir de la paix de mon coeur..." »

(JPG)
 

1 commentaire

Sôseki - Choses dont je me souviens 6 juillet 2006 Black

J’ai souvent eu entre les mains « Oreiller d’herbes » de ce même Natsume Sôseki. Mais, jusqu’à présent, je n’ai jamais osé franchir le cap, partagé entre l’envie de découvrir cet auteur et une légère appréhension d’une lecture « vieillissante ». Cela doit certainement être une erreur de ma part, mon esprit influencé par l’âge de Sôseki.

Regonflé et remotivé après avoir lu ce billet, je me laisserai tenté la prochaine fois... Et peut-être y trouverai-je autant de plaisirs qu’avec certains Kawabata ou Tanizaki !

 

Poster un nouveau commentaire


Modération de ce forum :

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.


Emoticones :

(Pour insérer un émoticone, cliquez simplement sur l'image.)

:aime::bof::clindoeil::diable::en_colere::etoile::exclamation::fleur::interrogation::langue::lol::lunettes::mouai::pas_content::pleure_de_rire::rigolo::sourire::surprit::triste::xtra:

Titre :

Texte de votre message :

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)


Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


Qui êtes-vous ? (optionnel)


Derniers Commentaires

Articles les plus populaires

Articles les plus consultés

Articles récemment mis à jour

Au hasard

Articles poussiéreux

Too Cool for Internet Explorer

En noir et bleu est motorisé par le logiciel libre Spip 1.8.3 associé au squelette graphique BliP 0.91

20 rubriques ... 318 articles ... 729 commentaires ... sites référencés ... 61 visiteurs par jour (603065 au total)

Haut de page | XHTML 1.0 | CSS 2