Yoko Ogawa La Formule Préférée du Professeur

17.07.2006 | Mis à jour le 04.07.2007 | Black
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Difficile d’évoquer les romans de Yoko Ogawa...

Je suis toujours surpris en les lisant d’une atmosphère étrange, « spéciale » qui règne dans ces histoires. Je ne saurais trop la décrire mais généralement elle est basée sur des rapports ambigus entre les protagonistes. « Ambigus », à quel point ? Là encore, j’aurais du mal à décrire ce que j’ai pu ressentir en lisant ses premières nouvelles (et même ses plus récentes), que cela soit pour « La Grossesse », « La Piscine » ou « Une Parfaite Chambre de Malade »...

Cependant, pour « La formule préférée du Professeur », l’histoire est beaucoup plus simple (pas que les autres soient ultra compliquées et alambiquées dans tous les sens). Un vieux monsieur, la soixantaine passée, ne possède, suite à un accident de voiture des années plus tôt, qu’une mémoire de 80 minutes. Sa vie n’est faite que de tranches de vie renouvelables toutes les 80 minutes. Une aide-ménagère, célibataire avec un enfant, va devoir s’occuper de ce vieux monsieur, ancien professeur de mathématiques. A ce moment-là, une belle histoire, sensible, émouvante, tout simplement humaine va naître.

« Pour le professeur dont la mémoire s’éteignait au bout de quatre-vingts minutes, lorsque j’apparaissais dans l’entrée j’étais toujours quelqu’un qu’il rencontrait pour la première fois. C’est ainsi qu’il me montrait sincèrement la réserve éprouvée lors d’une nouvelle rencontre. Outre ma pointure et mon numéro de téléphone, il pouvait me demander mon code postal, le numéro de série de ma bicyclette, le nombre de traits des caractères chinois de mon nom, auxquels comme d’habitude il donnait aussitôt une signification. Il ne paraissait pas s’efforcer d’en chercher une, des expressions telles que factorielle ou nombre premier sortaient naturellement de sa bouche.

Même après avoir obtenu du professeur, petit à petit, des explications concernant les factorielles ou les nombres premiers, dans l’entrée, je goûtais toujours avec une sensation de fraîcheur ses explications. »

Le professeur ne vit que pour les mathématiques. Sa vie est rythmée de chiffres, de nombres premiers, de logarithmes, de théorèmes à démontrer. L’arrivée de l’aide-ménagère, patiente, prévenante va bouleverser son quotidien de 80 minutes. Elle n’hésitera pas à aller à l’encontre des codes de bons usages japonais, et du travail pour procurer un petit peu de bonheur à ce professeur. Et le professeur va apprendre chaque jour, et chaque 80 minutes, entre deux équations à vivre avec cette femme qui semble si prévenante. Et le fils de cette aide-ménagère qu’il a surnommé « Root » (parce qu’il a la tête plate comme une racine carrée) va enchanté chaque nouvelles 80 minutes sa vie. Un vrai plaisir que de voir "un grand-père, une fille et un petit-fils" se découvrir et vivre ensemble. Cette "nouvelle" famille va se retrouver ainsi, chaque jour, autour d’une véritable passion pour des jeux sur les équations mathématiques, des statistiques pour leur équipe préférée de Base-ball, les Tigers de Tokyo, (version 1975 pour le professeur, version 1990 pour Root) avec en vedette le lanceur Yutaka Enatsu.

(JPG)

Un roman optimiste qui donne foi en l’âme humaine où 3 générations se retrouvent pour vivre simplement des tranches de vie de 80 minutes. Un petit bonheur simple mais vrai...


Lundi 07 Août 2006.

Pour ceux qui ont eu la gentillesse de lire ma chronique (jusqu’au bout même), voici un petit bonus [comme pour les DVD], une petite nouvelle encore inédite. [1]

Les Jumeaux de l’avenue des Tilleuls

[...]

C’est en Autriche qu’avait été publiée la première édition étrangère de mes romans. A l’époque, Heinz, qui était professeur à l’école des langues orientales de Vienne, avait repéré un de mes livres qui n’était pourtant pas un best-seller, et l’avait traduit en allemand. Et depuis presque dix ans, il avait la gentillesse de continuer à me traduire, en suivant à peu près mon rythme d’écriture, même si les ventes restaient modestes.

Je n’avais presque pas d’informations sur lui, même par mon agent. Comment avait-il appris le japonais, quelle était sa formation, d’où était-il originaire et quel âge avait-il. Je n’en avais aucune idée. Mon éditeur s’était contenté d’affirmer :

-   c’est un bon traducteur.

Bien sur, cela m’avait suffi.

[...]

Une nouvelle histoire simple : la rencontre humaniste entre un romancier et son traducteur. En feuilletant les pages une à une, quelques lignes d’émotions parcourent cette avenue des Tilleuls...

[...]

-   Pourquoi avez-vous eu l’idée d’apprendre le japonais ? lui demandai-je en repliant la feuille de questions.

-   C’est un simple hasard.

Heinz croisa ses longs doigts osseux après avoir refermé le cahier.

-   Au départ, j’étudiais la médecine à l’université. Mes études ont été interrompues par la guerre, et je les ai reprises à la fin de la guerre, mais j’ai eu des difficultés à retrouver la passion qui m’animait avant... Un jour que je regardais des formules chimiques, vous savez, celles qui sont comme des écailles d’une carapace de tortue, j’ai trouvé qu’elles ressemblaient à des caractères chinois. J’ai pensé que cela pouvait être amusant d’aborder l’étude de ces derniers avec la méthode qu’on utilise pour analyser la combinaison de l’atome, et c’est comme ça que j’ai commencé à fréquenter les cours du soir des langues orientales.

[...]


Lundi 23 Septembre 2006

Un deuxième Bonus ?!

Mais cela devient, du coup, une chronique collector !

Are there any English or American writers whose work has had an influence on you ?

Yoko Ogawa : My work has been influenced by Paul Auster, Steven Millhauser, and John Irving. When I read Paul Auster’s work, I sense that his novels aren’t just products of pure imagination, but concern things that already exist in the real world. A writer is someone who happens to discover something that already exists in the world but that no one has noticed, and then puts that into words. This was an utterly new concept to me, one I learned from Auster’s work.

Une influence chez Paul Auster ! Je comprends mieux, maintenant, pourquoi Yoko Ogawa arrive tant à transposer mon imagination dans des mondes parallèles avec simplement quelques mots, quelques phrases qui s’enchaînent dans des esprits torturés.

Paul Auster et Yoko Ogawa, deux écrivains spirituellement réunis pour me procurer des heures de Bonheur à lire, tout simplement...

Au fait, pour ceux qui ont été alléchés par cette courte interview, direction le NewYorker

[1] extraite d’un recueil intitulé « Les Paupières », à paraître aux éditions Actes Sud.

 

10 commentaires

Yoko Ogawa 6 mars 2009 Anonymus tranquillus 1  rép.

J’arrive en douceur pour te dire, au cas où...

La mer

est sorti le 2 mars ...

L’ai-je dit assez délicatement smiley

Yoko Ogawa 6 mars 2009 Black

merci pour l’attention du geste... Mais là malheureusement, je suis en retard, non pas d’un, ni de deux, voir de trois romans... Sans compter, il me manque des doigts sur la main... Pfff, j’en ai même pas sur mon étagère qui m’attendent... rePfff, j’en trouve même pas chez mon marchand d’occas... re-rePfff, pour le plaisir de faire Pfff !

Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Utopie 4  rép.

Me revoilà smiley

J’y pense ... je n’ai jamais lu un livre de Paul Auster smiley

Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Black

 smiley

Comment est-ce possible ? On t’a jeté un sort ? Tu as fait un pari bête et stupide ? IMPENSABLE et INNACEPTABLE ! Désormais ma cave reste fermée tant que tu n’auras pas ouvert un Paul Auster !

D’ailleurs, j’ai installé un nouvel écriteau au-dessus du comptoir : INTERDIT à toute personne n’ayant pas lu un Paul Auster !

Comment peut-on encore survivre ? Je ne comprends pas, surtout pour quelqu’un qui a lu presque tous les Ogawa et les Murakami (Haruki)...

Pour bien débuter le voyage austérien, je préconise plutôt Moon Palace, La Musique du Hasard ou Brooklyn Follies ou La nuit de l’oracle... ou tous...

ATTENTION ! Une fois que tu auras mis un oeil dedans, tu ne pourras plus en sortir et tu va relire La Trilogie New-Yorkaise une fois, puis deux, puis trois... et pareil pour Le voyage D’Anna Blum et tu recommenceras avec La Trilogie New-Yorkaise...

Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Utopie

 smiley Mince !!! A ce point là ?

Bon bien si il faut, il faut hein ...

Parce que :

Désormais ma cave reste fermée tant que tu n’auras pas ouvert un Paul Auster !

Je trouve ça trop smiley

Il faut que je le lise et que je l’aime aussi, je suppose, pour pouvoir descendre à la cave ?

Quelle vie smiley

Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Utopie

Pfff me revoilà, pour noter les titres préconisés et qu’est ce que je vois :

Pour bien débuter le voyage austérien, je préconise plutôt Moon Palace, La Musique du Hasard ou Brooklyn Follies ou La nuit de l’oracle... ou tous...

Ah bah ... c’est facile tiens smiley
Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Black

Il faut que je le lise et que je l’aime aussi, je suppose, pour pouvoir descendre à la cave ?

Je n’ai jamais vu quelqu’un me dire en face (ou même de côté) qu’il n’a pas aimé un P.A. ! Donc aucun risque...

Le problème est qu’une fois qu’on a débuté un P.A., il est difficile d’en sortir pour descendre à la cave... smiley

Yoko Ogawa 10 novembre 2008 2  rép.
De très bons livres, j’en ai lu pas mal, La formule préférée du professeur m’a énormément plu, humanité, complicité, c’est ça non la vie ? enfin je ne voudrais pas tombée dans un commentaire dogmatique, alors je dirai simplement, si c’était ça la vie ? En plus, cette histoire est aussi sexy ... j’emploie ce terme, non pas pour attirer, par ce mot aguicheur, le passant, mais je le pense, ce livre est profondément humain et sexy en fait partie. j’aime cet auteur-e et ce livre tout particulièrement, d’autres m’ont marqué comme Parfum de glace et Hôtel Iris
Yoko Ogawa 10 novembre 2008 Black

Sexy, je n’avais pas vu les choses de cette manière...

Humain, assurément oui. Un roman comme cela, ça te donne envie de recroire en la bonté de l’humanité, recroire que vivre tous ensemble peut être la solution pour un monde meilleur, un monde où aider son prochain parait aussi naturel que de décapsuler une Kirin...

Yoko Ogawa est une auteur-e que j’apprécie également énormément (même si ces derniers temps, je lui ai été un peu moins fidèle). « La formule préférée du professeur », bien qu’un excellent roman pour les raisons évoquées plus haut, n’appartient pas à mes préférés...

Je garde de souvenirs encore plus beaux et émouvants pour La Piscine, Amours en marge ou Une parfaite chambre de malade... Malheureusement, ces histoires ont été lues à une ère préhistorique où ce blog n’existait pas ; du coup, les souvenirs n’ont pas été aussi ancrés das ma mémoire... Mais comme Yoko reste dans ma bibliothèque, je sais que je la retrouverai un de ces jours...

Yoko Ogawa 11 novembre 2008 Utopie

Pour La formule préférée ... je dis sexy, c’est un peu fort ;) mais entre la femme et le professeur, j’imaginais une complicité un peu sensuelle, bon c’est peut-être mon imagination. Amours en marge, je ne l’ai pas encore lu, il m’en reste encore quelques uns à lire, comme Le musée du silence, La grossesse, Les abeilles en fait encore pas mal ! (Les paupières, La bénédiction ...) On ne les trouve pas beaucoup d’occasion, les lecteurs les gardent ! Ah puis j’ai beaucoup aimé L’annulaire, l’idée d’un musée des souvenirs de chacun m’a beaucoup plu, je la trouve très sympa, un petit côté inutile, poétique, qui me plaît.

Bon. Je bavarde et l’heure tourne ! Kaiii Kaiii smiley

 

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